Les agents Antiplaquettaires
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Médicaments inhibiteurs des fonctions plaquettaires

Quoi de neuf sur les inhibiteurs de fonction plaquettaire depuis 1996 ?

Depuis la précédente actualisation, plusieurs grands essais thérapeutiques, ainsi que le 5ème consensus nord-américain (1) ont été publiés. Il y a d'une part plusieurs études avec les inhibiteurs de la liaison du fibrinogène à son récepteur plaquettaire, le complexe glycoprotéique IIb/IIIa (GPIIb/IIIa), inhibiteurs appelés couramment "anti-IIb/IIIa "(2). D'autre part des travaux importants ont été conduits avec aspirine: aspirine versus placebo à la phase aiguë de l'ischémie cérébrale (3, 4), et chez les hypertendus :essai de prévention primaire HOT (5) ; aspirine en association à de faibles doses d'AVK (6-8); aspirine versus clopidogrel, avec CAPRIE (9), la plus grande étude de comparaison directe entre 2 inhibiteurs plaquettaires jamais conduite; aspirine versus son association au dipyridamole forme retard (10); aspirine associée à ticlopidine versus son association à warfarine après implantation d'une prothèse endocoronaire (11-13). En outre une étude de comparaison directe de 4 doses étude dite ACE (ASA and Carotid Endarterectomy), vient d'être publiée dans le contexte de la chirurgie de la carotide.
Dans aucune de ces études cliniques un quelconque paramètre de l'hémostase primaire n'a été pris en compte ni même étudié.


Quels sont les produits disponibles en France et leur pharmacodynamie ?

Les produits disponibles en France sont présentés dans les tableaux I (acide acétylsalicylique, ou aspirine) et II (autres inhibiteurs des fonctions plaquettaires).
Aspirine et flurbiprofène inhibent la synthèse de thromboxane (TX). Clopidogrel agit au niveau de l'un des récepteurs plaquettaires à l'ADP (15,16). L’ADP et TX sont des activateurs plaquettaires. Abciximab inhibe l'interaction fibrinogène - complexe GPIIb/IIIa, mécanisme moléculaire de base de l'agrégation. Cet anticorps monoclonal interagit également avec le récepteur de la vitronectine, une protéine de l’adhésion, sans que l’on connaisse l’importance pratique de cette interaction. Dipyridamole ralentit la recapture de l'adénosine (17) par les globules rouges, les plaquettes et les cellules endothéliales, et augmente le taux intraplaquettaire d’AMP cyclique. L'AMPc est un messager intracellulaire inhibiteur de l'activation plaquettaire. Il semble que le degré d'élévation du taux intracellulaire obtenu après administration de dipyridamole soit relativement modeste

L'administration d'aspirine entraîne une inhibition irréversible de la cyclo-oxygénase encore appelée prostaglandine H (PGH) synthase (1, 18). En conséquence la perturbation de l'hémostase primaire n'est complètement corrigée que lorsque toutes les plaquettes circulantes ont été renouvelées, c'est-à-dire en 7 à 10 jours. La PGH synthase est impliquée dans la voie commune de la synthèse des prostaglandines et du TX, ce dernier médiateur étant produit de manière très prédominante par les plaquettes. La durée de vie de l'aspirine dans la circulation est brève, moins de une demi-heure. L'essentiel de l'exposition plaquettaire a vraisemblablement lieu dans la circulation porte dans le cas courant de l'administration par voie orale. Pour ces raisons, la prise d'aspirine par voie orale réalise une inhibition préférentielle de la synthèse plaquettaire de TX, du moins avec des doses moyennes (325 mg) ou faibles (moins de 100 mg). Lorsqu'un plein effet doit être obtenu rapidement, il faut administrer plus de 100 mg d'une formulation à résorption digestive rapide (19-21), par exemple 160 mg, posologie qui a été testée dans les grands essais ISIS-2 et 3 menés à la phase aiguë de l'infarctus du myocarde (22-25).
De la même façon, l'effet anti-agrégant de flurbiprofène et de abciximab est rapide. Par contre le plein effet de ticlopidine n'est obtenu qu'après quelques jours de traitement (26). Il en va de même avec clopidogrel, même si son effet commence plus rapidement. Dans le contexte des prothèses endocoronaires non programmées, une dose de charge (ticlopidine : 500 mg ; clopidogrel : 300 mg) est souvent utilisée.
Aspirine, ticlopidine et clopidogrel sont des inhibiteurs irréversibles. Les délais précis de récupération après arrêt du traitement ne sont pas toujours connus avec précision ; Il convient de distinguer l'effet inhibiteur sur les fonctions plaquettaires ex vivo, sur le temps de saignement, et la "compétence hémostatique". Il est raisonnable de considérer qu'au bout d'une semaine après renouvellement d'une grande partie des plaquettes exposées l'effet résiduel de ces médicaments est faible.
Abciximab a un effet persistant sur les plaquettes, du fait de sa forte affinité pour le complexe GPIIb/IIIa et d'une redistribution de plaquette à plaquette. La récupération de 50 % de l'agrégation induite par une forte concentration d'ADP nécessite 24 heures après la fin de la perfusion (27). Flurbiprofène est un inhibiteur réversible de la PGH synthase ; sa demi-vie est de l'ordre de 5 heures, et on considère que son effet a disparu en 24 heures.


Qu'apportent les nouveaux inhibiteurs plaquettaires ?

Par ordre d'année de mise sur le marché français, les inhibiteurs de fonction plaquettaire récemment mis sur le marché sont les suivants : abciximab ou RéoPro® (1997) ; dipyridamole forme retard associé à aspirine ou Asasantine® (1998), et clopidogrel ou Plavix® (1999).
Pour l'aspirine, de plus petites posologies unitaires sont apparues en 1999: Kardégic® (sel de lysine en poudre) dosé à 75 mg et Cardiosolupsan® (carbasalate en poudre) avec 100 mg.
Abciximab est à ce jour la seule molécule anti-IIb/IIIa disponible en France. Deux petites molécules de synthèse, tirofiban, un peptido-mimétique dérivé de la tyrosine et eptifibatide, heptapeptide cyclique (2, 28), sont disponibles en Suisse et en Amérique du Nord. Le schéma d'administration de ces 3 produits comporte un bolus suivi d'une perfusion d'au moins 12 heures. La demi-vie d'élimination de tirofiban et celle d'eptifibatide sont courtes, et l'effet sur les plaquettes disparaît en quelques heures (29), contrairement à celui du Réopro®.
Les molécules réellement nouvelles mises sur le marché sont donc clopidogrel et abciximab.


Quel est l’effet biologique des inhibiteurs de fonction plaquettaire ?

Les deux nouvelles molécules, à savoir abciximab et clopidogrel, entraînent une inhibition plaquettaire décelable par les tests usuels d'agrégation plaquettaire. Les profils sont toutefois différents. L'administration du premier entraîne l'apparition d'un profil type thrombasthénie, c'est-à-dire que l'agrégation est inhibée quel que soit l'inducteur. Le profil observé après administration de clopidogrel est identique à celui observé sous ticlopidine, à savoir altération prédominante de l'agrégation induite par l'ADP (30).
Quelle que soit la dose administrée, l’aspirine réduit le phénomène de sécrétion plaquettaire dépendant du TX (31). Il ne semble pas que l'addition de dipyridamole modifie le profil obtenu ex vivo . Il a été vérifié que la posologie quotidienne de 50 mg entraînait, après quelques jours, une inhibition de plus de 95% de la capacité plaquettaire de synthèse de TX ex vivo.
L'administration d'abciximab (27) et de clopidogrel (30), s'accompagne d'un allongement du temps de saignement (TS). Clopidogrel à la posologie de 75 mg allonge autant le TS que ticlopidine 250 mg x 2 (30). Dans les conditions de la pratique clinique, un allongement du TS est plus fréquemment observé avec ticlopidine qu'avec aspirine (32).
L'administration d'abciximab rend l'ACT (activated clotting time) plus sensible à l'effet de l'héparine (33). L’ACT est un temps de coagulation réalisé sur sang total en présence d’un activateur, dans les salles de cathétérisme ou de chirurgie cardiaque. Toutefois il a été suggéré de s'en tenir aux schémas traditionnels d'héparinisation en cas de chirurgie cardiaque urgente avec CEC, au décours d'une procédure endovasculaire compliquée (34).


Quel bénéfice attendre des nouveaux inhibiteurs de fonction plaquettaire ?

Dans la prévention des récidives d'ischémie cérébrale, l'essai ESPS2 (10) a montré que la combinaison aspirine + dipyridamole forme retard est supérieure (effet au moins additif) à chacune des 2 molécules utilisées seules, et l'une et l'autre sont elles-mêmes supérieures au placebo.
Dans la prévention secondaire du décès de cause cardio-vasculaire, de l’infarctus du myocarde et de l’ischémie secondaire (critère composite), l'étude CAPRIE (9) a montré que clopidogrel (75 mg en une prise par jour) est supérieur à aspirine (325 mg comprimé en une prise par jour). Il n'y a pas plus de cytopénies (polynucléaires neutrophiles, plaquettes) dans le groupe clopidogrel que dans le groupe aspirine. La surveillance de l'hémogramme n'est donc pas requise avec clopidogrel. Cependant, la pharmacovigilance après mise sur le marché a suggéré pour ticlopidine d'autres effets indésirables comme aplasie (35) et purpura thrombotique thrombopénique (36, 37). Il faudra donc, comme pour toute nouvelle molécule, rester attentif avant d'affirmer l'innocuité de clopidogrel.

Le tableau IV présente les principales molécules "anti-IIb/IIIa" administrées par voie IV ayant fait l'objet d'essais thérapeutiques avec des effectifs importants. Les plus importantes études conduites avec abciximab sont les suivantes: EPIC (36), EPILOG (39,40), EPISTENT (41, 42) et CAPTURE (43).
Les "anti-IIb/IIIa" se sont révélés efficaces pour diminuer la mortalité, la survenue d'infarctus du myocarde ou la nécessité d'une réintervention en urgence, chez des malades pour lesquels une intervention endocoronaire est réalisée. Dans cette indication, les données cliniques avec abciximab sont les plus fournies et les plus convaincantes. Les "anti-IIb/IIIa" sont indiqués en addition au traitement antithrombotique de base, à savoir aspirine plus héparine standard non fractionnée (2, 28). Il n'a pas été réalisé de comparaison entre un anti-IIb/IIIa seul et l'aspirine seule. Un effet classe est probable (44). Abciximab a également en France l'indication pour angor instable avec revascularisation endocoronaire programmée dans les 24 heures (43).
Compte tenu du coût des médicaments, une des questions posées avec cette classe, est l'identification de sous-groupes de malades susceptibles de bénéficier le plus de leur administration (45). L'utilisation en sauvetage alors que la procédure endocoronaire est en cours limite le nombre de malades traités mais n'est pas formellement validée. Des observations encourageantes de reperméabilisation de l'artère responsable de l'infarctus, à la phase aiguë, ont été publiées (46). Des études cliniques sont en cours à la phase aiguë de l'infarctus du myocarde (2, 28) en complément de l'administration d'un activateur du plasminogène (47), ou d'une angioplastie primaire (48). Les autres problèmes avec les anti-IIb/IIIa sont le risque hémorragique, le maniement de l'héparine, les thrombopénies, la continuation d'un traitement anti-IIb/IIIa en utilisant un médicament actif par voie orale. Les 3 premiers problèmes seront envisagés plus bas.


Existe-t-il des données nouvelles sur aspirine et notamment sur la posologie optimale ?

Tous les documents disponibles sont favorables aux petites doses, le plus souvent inférieures à 100 mg par jour. Ces petites doses ont un effet clinique bénéfique (53) tout en sachant que, même à ces doses, il persiste un surcroît de risque hémorragique et de pathologie gastrique (54).
Dans le contexte particulier de l'endartériectomie carotidienne (14), l’étude (ACE) de comparaison directe de 4 posologies d’aspirine vient d'être publiée. La comparaison des 2 plus faibles doses groupées (81 et 325 mg) aux 2 plus fortes doses groupées (650 et 1300 mg) est favorable aux premières.
En plus de l'étude ACE mentionnée ci-dessus de nombreuses études récentes ont réévalué l’effet de l'aspirine.

A la phase aiguë de l'infarctus cérébral, les résultats des 2 études (3,4) ont permis de formuler les recommandations suivantes (55) : l'administration d'aspirine (160 ou 325 mg par jour) doit être débutée dans les 48 premières heures d'un accident ischémique cérébral ; la combinaison avec une dose prophylactique d'héparine standard sous-cutanée est possible, mais pas avec le t-PA, ou l’héparine forte dose, ou un traitement anticoagulant oral.
Pour la prévention secondaire des accidents ischémiques cérébraux, l’étude ESPS 2 (10) a montré que la dose de 25 mg d’aspirine deux fois par jour, en association avec dipyridamole donnait des résultats supérieurs à chacun des médicaments administrés isolément et au placebo. L’effet de l’association est additif.
Dans le domaine des prothèses endo-coronaires, plusieurs études (11-13) ont comparé l’effet protecteur de l’association aspirine-ticlopidine et du traitement classique aspirine-antivitamine K. Ces études sont favorables à l’association aspirine-ticlopidine. Cette association va probablement être supplantée dans un proche avenir par celle de l'aspirine au clopidogrel. L'étude de tolérance CLASSICS (56) a donné des résultats favorables, et une série consécutive comparée à un groupe historique a été publiée (57) avec une fréquence de thrombose du stent et d'événements majeurs faible dans les 2 groupes, et moins d'effets indésirables (neutropénie, diarrhée, éruption cutanée) dans le groupe aspirine + clopidogrel (4 semaines) par rapport au groupe aspirine + ticlopidine (2 semaines). Enfin la durée de l'utilisation de l'association pourrait être réduite à 2 semaines (58).
L’essai TPT a étudié la prévention primaire des événements ischémiques cardiaques par l'addition d'une faible dose d'aspirine à la warfarine, titrée pour obtenir un INR compris entre 1,3 et 1,8. Il existe une augmentation modeste du bénéfice obtenu avec la warfarine seule, au prix d'une majoration du saignement (7). Dans l'étude AFASAK 2, l'addition de 300 mg/j d'aspirine à une petite dose fixe de warfarine (1,25 mg/j) a donné de moins bons résultats que la warfarine ajustée pour un INR cible compris entre 2 et 3 ; il y a eu peu d'hémorragies graves dans les différents groupes (8).


Peut-on opérer un malade sous inhibiteur plaquettaire? Quels sont les gestes possibles?

La méta-analyse réalisée en 1994 par l'Antiplatelet Trialists' Collaboration sur les essais randomisés étudiait essentiellement l'aspirine pour le maintien de la perméabilité d'artères ou de greffons vasculaires après interventions de reperméabilisation (58): une augmentation non significative du nombre d'hémorragies fatales (1 en plus pour 1000 malades traités), et une augmentation significative du nombre d'hémorragies majeures mais non fatales, nécessitant le recours à la transfusion (13 en plus pour 1000 malades traités), a été notée lorsque le traitement est débuté avant l'intervention. En revanche, si le traitement est débuté dans les 24 heures après la procédure, il n'y a pas d'augmentation du nombre d'hémorragies graves et fatales. Le même travail consacré aux anciens essais de prévention de la thrombose veineuse post-opératoire avec des inhibiteurs plaquettaires va dans le même sens, mais l'étude du saignement a été moins rigoureuse que dans les essais mentionnés ci-dessus (59).
Il est donc habituellement considéré (60) que le risque hémorragique entraîné par la prise pré-opératoire d'aspirine est faible, de sorte qu’une intervention urgente est possible, sans transfusion plaquettaire prophylactique et qu’il n'est pas obligatoire de suspendre le traitement 7 à 10 jours avant le geste s'il est programmé.

Il existe cependant des situations chirurgicales où il convient sûrement d'être plus prudent: chirurgie endo-buccale et ORL, chirurgie ophtalmologique, chirurgie de la prostate et neurochirurgie.
Bien que les comparaisons directes entre aspirine et ticlopidine (61) ou clopidogrel n'indiquent pas que ces deux derniers soient plus hémorragipares que l'aspirine, en l'absence de données spécifiques, les recommandations concernant l’aspirine ne sont pas extrapolables à ces deux médicaments.
Il convient de prendre en compte d'une part le risque thrombotique que pourrait faire courir la suspension du traitement plusieurs jours avant l'intervention et d'autre part la majoration du risque hémorragique qui serait le fait de perturbations associées de l'hémostase.
Un rapport sur la chirurgie cardiaque urgente pour des malades qui viennent de recevoir Reopro® en association à aspirine, suggère que le risque hémorragique est faible (62). Bien que l'utilisation de la transfusion de plaquettes avant chirurgie ait été recommandée, tous les opérés n'ont pas été transfusés au préalable et il n’est pas démontré que la transfusion ait apporté une protection contre le saignement (63). Plus récemment toutefois, l'attention a été de nouveau attirée sur le risque hémorragique; l'utilisation d'un dispositif de récupération sanguine avec hémofiltration a été suggérée (64).


Quelle est la conduite à tenir pour les anesthésies médullaires?

Le risque d'hématome avec complication neurologique est très faible, et il n'est rapporté que quelques cas anecdotiques (65). De plus les données de l'étude CLASP sont rassurantes à cet égard (66).
Les experts ne considèrent pas que l'aspirine ou un autre AINS (67) contre-indique l'anesthésie loco-régionale rachidienne. Toutefois des précautions doivent être strictement suivies. Les mêmes experts sont en général beaucoup plus réservés si le traitement inhibiteur plaquettaire consiste en ticlopidine ou clopidogrel. En bref, les recommandations sont les suivantes :

  • l'indication de l'ALR médullaire doit être forte, et la balance bénéfice/risque bien prise en compte;
  • à l'interrogatoire, il n'est pas suspecté d'anomalie surajoutée de l'hémostase ;
  • le patient ne reçoit aucun traitement anticoagulant ;
  • les tests usuels de coagulation (TQ, TCA, numération plaquettaire) sont normaux ;
  • la rachianesthésie sans cathéter est préférée à la péridurale ;
  • la règle de la ponction unique est bien respectée ;
  • le médecin doit être expérimenté et le geste bien maîtrisé ;
  • la surveillance neurologique postopératoire est rigoureuse et prolongée pendant au moins 3 jours après le geste.
    Nous suggérons en outre que soit inscrit dans le dossier du malade que ce choix est effectué après prise en compte du rapport bénéfice/risque et information du malade.

Quelle est la conduite à tenir en cas d'hémorragie sous inhibiteur plaquettaire?

En dehors d'un acte vulnérant, les hémorragies graves sous traitement inhibiteur plaquettaire sont très rares, même avec la combinaison aspirine et anti-GPIIb/IIIa ou la combinaison aspirine et ticlopidine ou clopidogrel.
Si l'hémorragie est menaçante, le seul recours est la transfusion plaquettaire (60). La posologie est d'un concentré plaquettaire standard (CPS) pour 7 kg de poids corporel, ou d'un concentré plaquettaire d’aphérèse (CPA) de richesse suffisante pour avoir une quantité totale de plaquettes équivalente. Les hémorragies aux sites d'abord vasculaire doivent être prévenues, ou réduites par des mesures locales.
Dans le cas particulier des anti-GPIIb/IIIa, il faut vérifier en urgence la numération plaquettaire, du fait de la possibilité de thrombopénies aiguës et marquées. Il existe une base rationnelle particulière de la transfusion plaquettaire pour abciximab, compte-tenu de la persistance prolongée de l'anticorps, associé aux plaquettes. La transfusion plaquettaire à la posologie usuelle induit une redistribution de l'anticorps, avec un taux d'occupation des GPIIb/IIIa par plaquette qui devient inférieure à 50 %, ce qui permet alors une agrégation normale (63).
Le contrôle des autres facteurs, dont l'hématocrite, et les traitements associés tels que l’héparine et les hydroxyéthylamidons, est probablement utile.


Faut-il surveiller (avec un test biologique explorant l'hémostase primaire) un traitement inhibiteur plaquettaire?


Aucune étude clinique n'a montré que le fait de disposer d'un quelconque paramètre biologique, et de s'en servir pour déterminer une attitude clinique particulière, ne changeait le résultat clinique.
Le TS n'est pas suffisamment sensible pour détecter la prise d'aspirine. En ce qui concerne le test d'agrégation plaquettaire, s'il existe un profil typique pour la plupart des médicaments utilisés, un test d’agrégation plaquettaire normal ne peut être assimilée sans réserve à la disparition totale de l'effet biologique et à l'absence de risque hémorragique. Il existe des données (68) concernant le retentissement des médicaments antiplaquettaires sur l'appareil appelé PFA100 (platelet filtration assay) qui reproduit in vitro les mécanismes du temps de saignement. Les remarques ci-dessus sont également valables pour ce nouveau test.

Pour les "anti-IIb/IIIa", une surveillance de la numération plaquettaire est requise, du fait du risque de thrombopénie majeure (< 50 Giga/L) et suraiguë, survenant dans les toutes premières heures (69-73). Une analyse particulière des thrombopénies dans l'étude PURSUIT (étude de l'eptifibatide au cours des syndromes coronaires aigus sans élévation du segment ST) indique que globalement chez environ un malade sur 14 une thrombopénie est détectée, aux alentours du 4ème jour, définie par un chiffre inférieur à 100 Giga/L ou une diminution de 50% par rapport à la valeur initiale. Pour ces malades le risque de saignement modéré à grave est augmenté d'un facteur 2. Certains préconisent d'étudier le retentissement biologique individuel sur le fonctionnement plaquettaire, notamment parce qu'il semble exister une importante variation interindividuelle de l'effet inhibiteur. Toutefois l’intérêt clinique d’une telle surveillance reste à établir (74,75)


Comment gérer l'administration d'héparine chez un malade recevant un "anti-IIb/IIIa"?

L’administration d’héparine associée au Reopro® fait l'objet de recommandations précises. En effet l'excès d'hémorragies, localisées de manière très prédominante aux sites d'accès vasculaires liés à la procédure interventionnelle, a été attribuée à une trop forte dose d'héparine utilisée (39, 76, 77). La posologie doit être adaptée au poids (bolus de 70 U / kg), avec suivi par l'ACT (activated clotting time ou temps de coagulation du sang total natif, avec activation de la phase contact), déterminé en salle de cathétérisme. L’ACT doit être maintenu >200 secondes. Curieusement les différences entre deux appareils différents permettant de déterminer l’ACT (HémoTec et Hémochron), ne sont pas prises en compte dans ces recommandations.
Si le TCA est utilisé, il est recommandé de cibler un temps de coagulation compris entre 60 et 85 secondes. Le saignement au niveau du/des accès vasculaire(s) peut-être aussi limité par des mesures locales (39, 77).


Peut-on utiliser les inhibiteurs plaquettaires pendant la grossesse ou l'allaitement?


Actuellement, Il semble que la seule indication reconnue d'un antiplaquettaire au long cours soit les syndromes dits des antiphospholipides (79). L'intérêt de l'aspirine pour l'hypertension artérielle gravidique est beaucoup plus discuté. Selon les recommandations officielles en France, l'administration d'aspirine est contre-indiquée à partir du 6ème mois. Toutefois, au cours des syndromes des antiphospholipides, par extension des données rassurantes sur le plan de la tolérance foetale obtenues au cours des essais dans l’hypertension artérielle gravidique (79), la prolongation du traitement au 3ème trimestre paraît possible. Selon ces mêmes recommandations officielles l'allaitement est déconseillé, l'aspirine passant dans le lait maternel.
L'utilisation de ticlopidine et de clopidogrel est déconseillée pendant la grossesse, et contre-indiquée en cas d'allaitement.



Références

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Tableau I : spécialités disponibles en France contenant de l'acide acétylsalicylique - AAS - (ou un précurseur), et ayant une AMM cardio-vasculaire

molécule(s)

galénique

pharmacocinétique

nom de spécialité (et quantité d'AAS)

AMM

posologie

acétylsalicylate de lysine

poudre (sel de lysine) pour solution buvable

taux sanguin maximal atteint en 30 à 40 minutes

Kardégic
75, 160, 300 mg

prévention secondaire après un accident ischémique myocardique ou cérébral lié à l'athérosclérose
réduction de l'occlusion des greffons veineux de pontage aorto-coronaire
pour 75 mg : en dehors d'un contexte de l'urgence

75, 160, 300 mg en une prise par jour

AAS

gélules, AAS microencapsulé à l'éthylcellulose

libération de 90 % de la dose en 120 minutes (données obtenues in vitro)

Aspirine UPSA
325 mg

prévention secondaire après un accident ischémique myocardique ou cérébral lié à l'athérosclérose
réduction de l'occlusion des greffons veineux de pontage aorto-coronaire

une prise par jour

carbasalate

(AAS)

poudre effervescente (carbasalate calcique *) pour solution buvable

taux sanguin maximal atteint en 19 minutes environ

Cardiosolupsan
160 mg

réduction du risque de mortalité à la suite immédiate d'un infarctus du myocarde
le traitement doit débuter dès les premiers signes et être  poursuivi pendant au moins 5 semaines

une prise par jour

AAS

poudre (sel de sodium) pour solution buvable

taux sanguin maximal atteint en 30 à 40 minutes

Catalgine
0,25g

réduction du risque de mortalité à la suite immédiate d'un infarctus du myocarde
le traitement doit débuter dès les premiers signes et être poursuivi pendant au moins 5 semaines

AAS + dipyridamole

AAS en comprimé et microgranules de dipyridamole, dans une gélule

AAS : taux sanguin maximal atteint en 30 minutes

Asasantine

prévention de l'accident ischémique cérébral après un AIC transitoire ou constitué, lié à  l'athérosclérose, et datant de moins de 3 mois

dans chaque gélule 25 mg + 200 mg 1 gélule matin et soir


AAS = acide acétylsalicylique
(*) sel composé de deux molécules d'AAS réunies par un atome de calcium et stabilisées par une molécule d'urne ; mis en solution aqueuse, il se dissout très rapidement et libre des ions acétylsalicylate, du calcium et de l'urée ; depuis 1999 des sachets contenant du carbasalate en poudre et dosés en 100 mg d'AAS sont disponibles.



Tableau II : spécialités inhibitrices plaquettaires autres que celles contenant de l'acide acétylsalicylique

molécule(s)

galénique

nom de spécialité

AMM

posologie

dipyridamole

comprimé

Persantine 75 plusieurs génériques

prothèses valvulaires mécaniques, en association avec les anticoagulants oraux

3 comprimés par jour

flurbiprofène

comprimé

Cébutid 50

prévention secondaire dans les suites d'un infarctus du myocarde et après désobstruction, quand un traitement par aspirine est temporairement contre-indiqué

un comprimé de 50 mg matin et soir

ticlopidine

comprimé

Ticlid

après un premier accident ischémique cérébral lié à l'athérosclérose artériopathie athéroscléreuse des membres inférieurs au stade de la claudication intermittente endoprothèse coronaire, en association à l'aspirine

250 mg matin et soir

clopidogrel

comprimé

Plavix

réduction des événements liés à l'athérosclérose après manifestations cliniques d'athérosclérose (...)

un comprimé de 75 mg / jour

abciximab

poudre pour solution injectable

ReoPro

intervention coronaire percutanée; angor instable réfractaire au traitement médical conventionnel avec intervention coronaire percutanée programmée

bolus IV suivi d'une perfusion continue 12 heures après l'intervention *

(*) si angor instable, perfusion aussi 24 heures avant l'éventuelle intervention
Eptifibatide et tirofiban pourraient être prochainement commercialisés en France (sont autorisés aux USA).



Tableau III : Pathologies vasculaires pour lesquelles l'aspirine a été démontrée efficace : posologie étudiée la plus faible (d'après Patrono et al, Chest 1998 - 5ème consensus nord-américain)

situation clinique

dose quotidienne minimale cliniquement efficace d'aspirine (mg)

hypertension artérielle systémique

75

angor stable

75

angor instable

75

phase aiguë de l'infarctus du myocarde

160

accidents ischémiques cérébraux transitoires et constitués

50

phase aiguë de l'ischémie cérébrale

160




Tableau IV : principaux antagonistes du récepteur pour le fibrinogène (GPIIb/IIIa) administrés par voie IV

abciximab

eptifibatide
(ex intégréline)

tirofiban

lamifiban

structure

anticorps monoclonal chimérique murin-humain limité à Ab

heptapeptide cyclique de synthèse

peptido-mimétique

peptido-mimétique

indication approuvée aux USA

intervention endocoronaire ;
syndrome coronaire aigu *

intervention endocoronaire ;
syndrome coronaire aigu **

syndrome coronaire aigu ** (demi-dose en cas d'atteinte rénale)

aucune

acronymes des essais pour intervention endocoronaire

EPIC
EPILOG
EPISTENT

IMPACT-II

RESTORE ***

acronymes des essais pour syndrome coronaire aigu ****

CAPTURE *

PURSUIT

PRISM
PRISM-Plus

PARAGON


(*) angor instable réfractaire et intervention endocoronaire programmée dans les 24 heures
(**) angor instable et infarctus sans onde Q
(***) dans les 72 heures suivant un syndrome coronaire aigu (2/3 angor instable, infarctus)
(****) toujours comparaison à un groupe aspirine + héparine non fractionnée - HNF, et le plus souvent l'anti-IIb/IIIa est ajouté à aspirine et HNF ; cependant l'étude PRISM constitue une comparaison directe entre tirofiban et HNF, et l'étude PRISM-PLUS comportait initialement 3 bras : tirofiban, HNF, ou association des 2, mais la randomisation dans le bras tirofiban seul a été prématurément arrêtée du fait d'un excès de mortalité par rapport au bras HNF seule.



Variables préanalytiques

Recommandations pour les Prélèvements destinés aux test d'hémostase : 2007
Le groupe de travail coordonné par Catherine Boinot et composé de B. Delahousse, C. Droulle, M.F. Hurtaud, B. Polack et A. Robert a mis à jour les données concernant les variables préanalytiques.
Recommandations
Tableaux

Recommandations 1998
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Les Héparines
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Les anti-vitamines K
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Les Thrombolytiques
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