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Les Héparines
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Les
Héparines : Recommandations
UTILISATION DES HEPARINES EN
PRATIQUE MEDICALE COURANTE
Lhéparine est un polysaccharide sulfaté naturel,
extrait industriellement de lintestin de porc. Lhéparine
se lie essentiellement à lantithrombine et catalyse
linactivation de plusieurs enzymes générées
au cours de la coagulation, la thrombine et le facteur Xa en particulier.
Il en résulte un allongement du temps de coagulation du plasma
mesuré par le temps de céphaline activateur (TCA).
Les chaînes polysaccharidiques de lhéparine naturelle
peuvent être fractionnées par divers procédés.
Les héparines de bas poids moléculaire (HBPM) qui
en résultent possèdent des propriétés
originales qui les distinguent de lhéparine non fractionnée
(HNF) : demi-vie plus longue, effet anticoagulant plus faible, plus
grande facilité dadministration par voie sous-cutanée,
et meilleure tolérance.
Quoi
de neuf sur les héparines depuis 1996 ?
Les HBPM ont confirmé leur
prééminence sur lHNF dont il reste encore quelques
indications : prévention des thromboses chez le malade médical,
indications cardiologiques en dehors de langor instable, circulation
extra corporelle, insuffisance rénale sévère.
Depuis 1996, un certain nombre de progrès ont été
réalisés dans les schémas thérapeutiques,
les indications et la conduite à tenir en cas de thrombocytopénie
par lhéparine.
- Plusieurs
essais cliniques [1-4] ont démontré quil était
désormais possible de traiter les thromboses veineuses
avec une seule administration quotidienne dHBPM. Cette simplification
permet de traiter désormais à domicile la plupart
des thromboses veineuses [5,6].
- Dautres
travaux [7,8] ont confirmé que les embolies pulmonaires
ne relevant pas dun traitement thrombolytique pouvaient
être traitées par une HBPM selon les mêmes
modalités que celles qui sont utilisées dans un
traitement de thrombose veineuse proximale. Cependant à
ce jour (premier semestre 1999) les AMM nont pas encore
été délivrées pour cette indication.
- Plusieurs
études [9-11] ont démontré que les HBPM pouvaient
remplacer lHNF dans le traitement à la phase aiguë
de langor instable et de linfarctus sans onde Q. Il
en résulte ici encore une simplification importante du
traitement. Des travaux sont en cours pour savoir sil est
possible détendre cette nouvelle indication des HBPM
à dautres pathologies cardiaques : infarctus du myocarde,
valvulopathies, troubles du rythme.
- Les
circonstances dans lesquelles il est nécessaire deffectuer
une surveillance biologique du traitement par HBPM ainsi que les
héparinémies cibles dont il convient de se rapprocher
si une surveillance est prescrite sont désormais mieux
connues.
- La conduite
à tenir en cas de thrombocytopénie induite par lhéparine
(TIH) a bénéficié de lintroduction
de deux nouveaux médicaments : un glycosaminoglycane, lOrgaran®
qui peut être utilisé dans la prévention et
le traitement des thromboses chez les malades confrontés
au problème de TIH [12] et une hirudine recombinante, le
Refludan® dont lindication est restreinte au traitement
des thromboses chez les malades avec TIH [13]. Ces nouveaux médicaments
ont permis une prise en charge efficace de cette complication
rare mais redoutée.

Héparine non fractionnée
Lutilisation de lHNF est désormais réduite
à lavantage des HBPM. Cest la conséquence
dune plus grande commodité dutilisation pour
une efficacité égale ou supérieure. Dans certaines
indications cependant, lutilisation de lHNF reste nécessaire.
Il faut donc en connaître les règles dutilisation.
Comment exprimer les doses dHNF : en milligrammes, en millilitres,
ou en unités internationales ?
LHNF doit être prescrite en unités internationales.
Si autrefois lactivité spécifique de lHNF
était de 100 UI/mg, elle est aujourdhui comprise entre
150 et 200 UI/mg. Prescrire lhéparine en mg est donc
une erreur, dautant plus que lactivité spécifique
(nombre dunités par mg) des préparations commerciales
utilisées nest jamais mentionnée sur les flacons.
De la même façon, la concentration (nombre dunités
par millilitres) des solutions dhéparine susceptibles
dêtre injectées varie selon les préparations,
ce qui est une autre cause derreur.
Traitement préventif de maladie thromboembolique veineuse
: quelle surveillance biologique ?
- Prévention
des risques modérés
Chez ladulte,
cette prévention est assurée par linjection
sous-cutanée de 5000 UI dHNF deux ou trois fois par
jour. Ces deux schémas thérapeutiques donnent des
résultats voisins : réduction relative de risque de
thrombose de 60 à 70% [14]. Il est inutile de demander ici
au laboratoire une surveillance biologique car lhypocoagulabilité
est soit absente, soit à la limite inférieure de la
sensibilité des tests usuels de surveillance, et enfin parce
que de nombreuses études ont démontré la sécurité
et lefficacité de cette dose standardisée.
- Prévention
des risques élevés
Dans cette
circonstance, et en particulier dans les prothèses totales
de hanche, la dose dhéparine administrée par
voie sous-cutanée, plus rarement en intraveineux continu,
doit être adaptée quotidiennement de façon à
générer un allongement modéré du TCA
(1,2 à 1,3 fois le temps du témoin avec un réactif
de sensibilité moyenne) lorsque le prélèvement
est effectué à mi-chemin entre deux injections, pour
un rythme dinjection toutes les huit heures [15]. La complexité
de ce schéma thérapeutique fait quen pratique
il nest plus utilisé.
- Dépistage
des thrombopénies
Dans
tous les cas, il convient de vérifier la non-apparition dune
thrombopénie par une numération plaquettaire réalisée
avant linstitution du traitement, puis au minimum deux fois
par semaine et jusquau 21e jour si le traitement est prolongé.
Les thrombopénies survenant après ce délai
sont exceptionnelles.
Traitement curatif dune thrombose veineuse constituée:
faut-il adapter la dose dhéparine non fractionnée
administrée par rapport au poids ?
Cette adaptation est nécessaire. La dose moyenne utilisée
en première intention est de 500 à 600 UI/kg/24 heures,
quelle que soit la voie dadministration, intraveineuse ou
sous-cutanée. Cette dose sera ultérieurement modulée
en fonction des résultats de la surveillance biologique.
En pratique, cette dose peut varier de 400 à 800 UI/kg/24
heures.
Traitement curatif dune thrombose veineuse constituée
: comment administrer lhéparine non fractionnée
[16-20] ?
La perfusion
continue avec seringue électrique reste la méthode
de référence. Il ne faut pas oublier de faire précéder
la perfusion de la dose calculée par un bolus initial de
5000 UI. En son absence, 4 à 6 heures seraient nécessaires
avant datteindre une hypocoagulabilité stable.
Plusieurs
essais thérapeutiques démontrent également
que la voie sous-cutanée à raison de deux à
trois injections par jour donne des résultats identiques
à ceux obtenus par la voie intraveineuse continue, sous réserve
que lallongement du TCA corresponde aux critères biologiques
defficacité définis dans le paragraphe suivant.
La dose totale requise par 24 heures exprimée en unités
est comparable, ou légèrement supérieure, à
celle qui serait injectée par perfusion continue. Dans le
traitement dune maladie thromboembolique, il est important
que lhypocoagulabilité souhaitable soit atteinte dans
les meilleurs délais et maintenue de façon constante.
Cest pourquoi certains préconisent de faire précéder
la première injection sous-cutanée par une injection
intraveineuse bolus de 50 UI/kg. Dautres préfèrent
utiliser une perfusion intraveineuse continue pendant les 48 premières
heures, période pendant laquelle la dose quotidienne nécessaire
sera plus rapidement établie. La poursuite du traitement
peut se faire indifféremment par voie intraveineuse ou par
voie sous-cutanée. Cette attitude intermédiaire na
cependant jamais été évaluée dans le
cadre dessais thérapeutiques.
Comment surveiller au laboratoire le traitement dune maladie
thromboembolique veineuse par lhéparine non fractionnée
?
- Les
modalités de prélèvements
Lhéparine
comporte une majorité de chaînes de haut poids moléculaire
à forte affinité pour le facteur 4 plaquettaire, protéine
libéré par les plaquettes et inhibant son activité
anticoagulante. In vitro, il a été démontré
que lhéparine dun échantillon de sang
est déjà en partie neutralisée en moins dune
heure. Il existe deux solutions pour que lexamen biologique
pratiqué reflète réellement lactivité
circulante :
- séparer dans les meilleurs délais le plasma des
plaquettes par centrifugation, ce qui implique le transport immédiat,
en moins dune heure, des prélèvements au laboratoire
;
- utiliser des tubes de prélèvement contenant un mélange
dinhibiteurs des fonctions plaquettaires permettant une meilleure
conservation de lactivité de lhéparine
[21].
On
peut mesurer lactivité anticoagulante par le TCA ou
lactivité anti-facteur Xa qui reflète plus spécifiquement
lactivation de lantithrombine par lhéparine.
Le TCA est facile à exécuter. Il est automatisable
et permet dadapter sans délai la posologie dans la
mesure où les résultats sont transmis rapidement,
ce qui conditionne lutilité dune surveillance
biologique. Un petit nombre détudes cliniques démontrent
une corrélation entre lefficacité antithrombotique
de lhéparine et lallongement du TCA [19,22].
Il existe deux restrictions à lutilisation du TCA pour
la surveillance biologique de lhéparine. La première
concerne, pour une concentration donnée dhéparine,
les variations de lallongement du TCA en fonction du réactif.
Avec un réactif sensible à lhéparine,
la zone thérapeutique se trouve comprise entre deux et trois
fois la valeur du témoin, ce qui correspond pour un réactif
moins sensible à un allongement de 1,5 à 2,5 fois.
La deuxième concerne la non-spécificité de
lallongement du TCA. Ainsi, chez un patient présentant
un anticoagulant circulant de type antiprothrombinase ou lupus-like,
ou un déficit en facteur XII, lallongement du TCA ne
reflète ni un risque hémorragique particulier ni lefficacité
de lhéparine. Il est facile de dépister ces
cas par la mesure systématique du TCA en même temps
que la numération des plaquettes avant le début du
traitement par lhéparine.
La mesure de lactivité anti-facteur Xa par une technique
chromogénique ou chronométrique est également
susceptible de prédire lefficacité de lhéparinothérapie
[22] et peut constituer une solution aux deux problèmes précités.
Un étalonnage permet lexpression des résultats
en unités internationales (UI/ml), en principe indépendamment
de la nature des réactifs. Cet examen est moins facile à
exécuter, surtout dans les situations durgence. Il
est, en revanche, automatisable et peut être effectué
par des instruments performants sur le plan analytique. La détermination
de lhéparinémie peut également être
réalisée en mesurant lactivité antithrombine
du plasma. Les techniques les plus courantes sont dérivées
du temps de thrombine. Elles ont lavantage dêtre
simples à réaliser mais leur précision est
moins grande que celles qui permettent de déterminer lactivité
anti-facteur Xa.
Lallongement
du TCA varie selon les modalités dadministration de
lhéparine, le moment du prélèvement par
rapport à celui de linjection, et ainsi que cela vient
dêtre rappelé, selon la sensibilité du
réactif utilisé par le laboratoire. Les valeurs qui
suivent correspondent à celles obtenues avec un réactif
de sensibilité moyenne.
En cas de perfusion continue, le moment du prélèvement
est indifférent : le TCA doit être maintenu entre deux
et trois fois le temps du témoin, ce qui correspond généralement
à une héparinémie entre 0,3 et 0,6 UI/ml. A
noter que cette recommandation correspond à une habitude
française ; le consensus nord-américain propose un
allongement moindre du TCA, de 1,5 à 2 fois le témoin
[23].
En cas dinjection sous-cutanée, le prélèvement
peut être fait à mi-distance entre deux injections
(effet anticoagulant moyen) ou bien juste avant linjection
suivante (effet anticoagulant résiduel). A mi-distance entre
deux injections, les zones thérapeutiques sont identiques
à celles définies ci-dessus pour la perfusion continue.
Si le contrôle est effectué avant linjection
suivante, le TCA doit être proche de 1,5 fois le temps du
témoin, ce qui correspond généralement à
une héparinémie voisine de 0,15 UI/ml.
Le problème des discordances entre allongement du temps
de céphaline activateur et héparinémie
Cette situation non exceptionnelle est mal résolue en pratique.
Elle pose le problème de lintérêt dassocier
ces deux tests pour surveiller le traitement par lhéparine.
Dans la grande majorité des travaux cliniques consacrés
aux traitements par lhéparine, les doses dhéparine
ont été ajustées en fonction de lallongement
du TCA en ciblant les zones thérapeutiques rappelées
dans le tableau I. Ainsi, le plus souvent, la détermination
de lhéparinémie napparaît pas nécessaire.
Dans certains cas cependant, la détermination de lhéparinémie
est probablement utile, notamment dans deux circonstances : quand
le TCA est anormalement long pour une dose administrée faible
(<400 U/kg/24 heures) et inversement quand le TCA est insuffisamment
allongé pour une dose administrée anormalement haute
(>700 U/kg/24 heures). Dans le premier cas, la constatation dune
héparinémie très faible (<0,15 UI/ml) fera
rechercher un déficit méconnu en facteur de coagulation
ou un anticoagulant circulant ainsi que cela a été
expliqué plus haut. Dans le second cas se pose le problème
de savoir sil est absolument nécessaire de prolonger
le TCA jusque dans les zones thérapeutiques définies
dans le tableau I, même si lhéparinémie
est dans les zones thérapeutiques. Un travail [24] suggère
quil serait préférable dans ces cas de
résistance biologique à lhéparine
de tenir compte de lhéparinémie plutôt
que de lallongement du TCA. Une des causes de lallongement
insuffisant du TCA est laugmentation importante du taux de
facteur VIII.
Traitement dune maladie thromboembolique veineuse : quelle
est la durée optimale du traitement par lhéparine
non fractionnée ?
En règle générale, la durée dun
traitement de maladie thromboembolique veineuse par HNF est de cinq
à dix jours. Certains ont proposé des durées
plus courtes avec des résultats équivalents. Etant
donné que léquilibration dun malade par
les antivitamines K demande au minimum quatre à six jours,
il est nécessaire dintroduire ces médicaments
entre le 1er et le 5e jour après le début de lhéparinothérapie
avec une période de recouvrement dau moins quatre jours
[25-27]. Pour la prévention des récidives précoces,
les antivitamines K (INR compris entre 2 et 3, voir le chapitre
consacré aux antivitamines K) donnent des résultats
équivalents à ceux de lHNF sous-cutanée.
Si loption HNF sous-cutanée est retenue, il est important
que le TCA soit compris entre 1,5 et 2,5 fois le temps du témoin
lorsque le prélèvement est réalisé à
mi-distance entre deux injections [28,29]. Lexistence dune
embolie pulmonaire ne modifie pas fondamentalement ce schéma
général.

Héparines de bas poids moléculaire
(HBPM)
Les HBPM actuellement disponibles sont-elles équivalentes
?
Les HBPM sont préparées selon des procédés
différents qui génèrent des produits dont les
propriétés ne sont pas identiques. Une différence
importante réside dans la distribution des poids moléculaires
(PM) des chaînes polysaccharidiques qui composent lHBPM.
Le PM moyen des HBPM est denviron 5000 daltons (d) avec une
distribution qui va de 2000 d à 10 000 d. On sait que les
chaînes dhéparine dont le PM est >5400 d inhibent
aussi bien le facteur IIa (thrombine) que le facteur Xa tandis que
celles dont le PM est <5400 d inhibent exclusivement le facteur
Xa [30]. Or la proportion de chaînes dont le PM est >5400
d varie selon le type dHBPM : elle est plus élevée
pour Innohep® que pour Lovenox®. Ces différences
sexpriment par le rapport anti-Xa/anti-IIa qui varie de 1,8
à 3,6 (tableau II), par des propriétés pharmacocinétiques
différentes et par une aptitude variable à prolonger
le TCA. Laptitude dune HBPM à prolonger le TCA
est fonction de son activité anti-IIa. Ainsi Innohep®
allonge davantage le TCA que Lovenox® (tableau II). Les propriétés
pharmacocinétiques différentes des HBPM expliquent
également pourquoi une même dose exprimée en
unité anti-Xa/kg de deux HBPM distinctes peut générer
des héparinémies significativement différentes
chez un même sujet.
Cependant, malgré ces différences réelles,
aucun argument ne permet de conclure à la supériorité
dune HBPM par rapport à une autre, tant sur le plan
de lefficacité (activité antithrombotique) que
sur celui de la sécurité (risque hémorragique).
Dans un travail récent [31,32] Innohep® (4500 U anti-Xa,
1 fois par jour) et Lovenox® (40 mg ou 4000 U anti-Xa 1 fois
par jour) ont été comparés dans la prévention
des thromboses veineuses après prothèse totale de
hanche : les résultats cliniques ont été équivalents
bien que ces deux HBPM soient notablement différentes sur
le plan pharmacologique, quelles aient généré
des activités anti-Xa et un allongement du TCA différentes.
Les posologies dHBPM sexpriment en unités anti-Xa
par rapport à un étalon international [33]. Les doses
de Lovenox® sexpriment également en mg, mais il
faut savoir que 1 mg de Lovenox® correspond à 100 U anti-Xa.
Comment surveiller au laboratoire un traitement par HBPM ?
La seule possibilité, en pratique courante est la détermination
de lactivité anti-facteur Xa circulante. Les techniques
les plus utilisées sont celles qui utilisent une méthode
chromogénique, étalonnée avec létalon
international dHBPM. Les méthodes chronométriques
de détermination de lactivité anti-facteur Xa
ne sont pas toutes équivalentes. Certaines sont très
spécifiques de lactivité anti-Xa et donnent
des résultats comparables à ceux des méthodes
chromogéniques, dautres sont fortement influencées
par lactivité antithrombine résiduelle variable
des HBPM. Le biologiste doit donc être vigilant dans le choix
de son réactif. Le TCA est modifié de façon
variable au cours des traitements par HBPM et limportance
de son allongement dépend de la dose et du type dHBPM
utilisé. Son allongement ne permet pas de prédire
ni lefficacité thérapeutique ni le risque hémorragique.
Il est donc inutile de le prescrire sauf en cas daccident
hémorragique où il peut contribuer à détecter
un surdosage.
A quel moment prélever un malade pour une surveillance
biologique au cours dun traitement par HBPM ?
Il est dusage de prélever le malade au pic de lactivité
anti-facteur Xa, cest-à-dire trois à quatre
heures, après linjection sous-cutanée lorsque
le médicament est administré en deux injections quotidiennes,
ou quatre à cinq heures après lorsque le médicament
est administré en une injection quotidienne (Innohep®,
Fraxodi®). Cette recommandation est arbitraire. Elle permet
de faire exécuter lexamen le plus souvent aux heures
ouvrables du laboratoire. Elle simplifie également linterprétation
des résultats et ladaptation éventuelle de posologie
qui en découlent.
Faut-il surveiller au laboratoire un traitement préventif
de maladie thromboembolique par les HBPM ?
Quil sagisse dune prévention dun
risque modéré ou élevé, il est inutile
ici de mesurer lactivité anti-Xa. Dans ces indications,
les doses administrées sont relativement faibles, de 1750
à 5000 U selon lHBPM et limportance des facteurs
de risque (tableau II), et léventualité dun
surdosage est négligeable. Il ne faut pas oublier cependant
de vérifier la numération des plaquettes deux fois
par semaine jusquau 21ème jour si le traitement est
prolongé. En effet, bien que cela soit plus rare quavec
lHNF, des cas de TIH ont été rapportés
avec les HBPM.
Prévention de la maladie thromboembolique post-opératoire
: à quel moment injecter lHBPM par rapport à
lacte chirurgical ?
Il faut distinguer les cas où le patient bénéficie
dune anesthésie générale et ceux pour
lesquels une anesthésie rachidienne est effectuée.
En cas danesthésie générale, il est dusage
de prescrire la première injection dHBPM en pré-opératoire.
Sil sagit dune prévention dun risque
faible ou modéré, la dose administrée varie
de 1750 à 3000 U anti-Xa selon lHBPM (tableau II) et
linjection est faite 2h avant lacte chirurgical. Sil
sagit dune prévention dun risque élevé,
la dose administrée est environ 2 fois plus élevée,
comprise entre 3000 et 5000 U anti-Xa (tableau II). Dans ce cas,
afin de réduire le risque hémorragique per et post-opératoire,
il est recommandé dadministrer lHBPM 12h avant
lacte opératoire.
En cas danesthésie rachidienne, bien que le risque
dhématome intra-rachidien induit par linjection
dHBPM soit très faible [34], il est déconseillé
dinjecter de lhéparine en pré-opératoire,
dautant que les techniques danesthésie rachidienne
diminuent probablement le risque de thrombose veineuse post-opératoire.
La conférence de consensus de lAssistance Publique
des Hôpitaux de Paris [35] précise que la prophylaxie
peut débuter six à huit heures après la ponction
si celle-ci a été atraumatique. En cas de ponction
traumatique, le début de la prophylaxie est retardé.
Lablation du cathéter se fait deux à trois heures
avant linjection dhéparine.
Peut-on traiter une thrombose veineuse par une HBPM? Comment
le faire ?
Il est maintenant établi que les HBPM sont aussi efficaces
que lhéparine standard pour traiter les thromboses
veineuses, au prix dun risque hémorragique comparable
voire réduit [36,37]. Les HBPM ont donc considérablement
simplifié le traitement de la maladie thromboembolique veineuse.
Le traitement des thromboses veineuses peut être effectué
avec une ou deux injections sous-cutanées par 24h : les résultats
cliniques sont équivalents. Lorsquil sagit dun
traitement avec deux injections par jour, traitement le plus anciennement
utilisé, la dose administrée est comprise entre 80
et 100 U anti-Xa/kg/12h selon lHBPM utilisée (tableau
II). Lorsquil sagit dun traitement avec une injection
par jour, la dose administrée par injection est environ le
double : 175 à 180 U anti-Xa/kg/24h. Aujourdhui (premier
semestre 1999) seules deux HBPM (Innohep® et Fraxodi®) ont
obtenu une AMM avec ce mode dadministration. La solution dhéparine
est alors deux fois concentrée (20 000 U anti-Xa/ml), ce
qui fait que le volume de linjection reste identique. Il est
vraisemblable que dautres HBPM bénéficieront
du même mode dadministration dans un avenir proche.
Existe t-il des arguments pour choisir un mode dadministration
à une ou deux injections par jour ? La lecture des travaux
publiés ne permet pas de répondre à la question
puisque les résultats cliniques sont équivalents [3,4].
Cependant, si on estime que le risque hémorragique est important,
peut être est-il plus prudent dutiliser le schéma
à deux injections par jour afin de diminuer lamplitude
des variations de lhéparinémie au cours du nycthémère.
Les règles dutilisation des HBPM dans cette indication,
durée du traitement et modalités de passage aux antivitamines
K, sont les mêmes quau cours dun traitement par
lHNF.
La simplification du traitement des thromboses veineuses a rendu
possible le traitement à domicile dans la plupart des cas.
Plusieurs travaux ont démontré la sécurité
dune telle stratégie ainsi que son rapport coût/efficacité
favorable [5,6]. Toutefois ces progrès ne doivent pas faire
oublier limpérieuse nécessité de confirmer
le diagnostic de thrombose veineuse par une méthode objective
avant dentreprendre un traitement anticoagulant qui va durer
plusieurs mois et le fait que les HBPM, comme lHNF, sont des
médicaments qui augmentent le risque de saignement en cas
de surdosage.
Faut-il surveiller au laboratoire le traitement des thromboses
veineuses par HBPM ?
Dans les nombreux essais cliniques consacrés aux HBPM dans
le traitement des thromboses veineuses, la dose administrée
a toujours été ajustée au poids du malade et
jamais à lhéparinémie circulante [38].
Un seul travail [39] a étudié spécifiquement
lintérêt dajuster la dose administrée
pour cibler une héparinémie prédéterminée
(0.6 à 1 U anti-Xa/ml), au pic dactivité. Malgré
des ajustements nombreux de doses chez plus du tiers des malades,
finalement la dose moyenne de Fragmine® administrée a
été identique à celle prescrite dans le groupe
traité à dose fixe, à savoir 100 U anti-Xa/kg
2 fois par 24h. En outre, les résultats cliniques et phlébographiques
ont été équivalents. En conséquence,
dans la majorité des cas, la surveillance biologique du traitement
paraît inutile.
Il existe cependant une catégorie de patients chez lesquels
une surveillance biologique est nécessaire : sujets âgés,
insuffisants rénaux, à risque de saignement particulier.
Il faut rappeler ici que la plupart des HBPM sont pour lessentiel
éliminées par voie rénale et donc que toute
altération même modérée de la fonction
rénale peut aboutir à une accumulation et à
un surdosage relatif malgré une dose administrée conforme
[40]. Le premier prélèvement peut se faire à
la 48ème heure du traitement, cest-à-dire 3
à 5 heures après la deuxième ou la quatrième
administrations (schéma à 1 ou 2 injections par 24h),
de façon à détecter une éventuelle accumulation.
La répétition de la surveillance, par exemple toute
les 48h est affaire de cas individuel. Un travail récent
[41] réalisé avec Innohep® administré à
des sujets âgés et présentant une réduction
physiologique de la fonction rénale a cependant démontré
labsence daccumulation de ce médicament au cours
dun traitement à dose curative (175 U anti-Xa/kg, une
fois par jour). Ceci est un autre exemple montrant que toutes les
HBPM ne sont pas comparables.
Si la surveillance biologique du traitement a été
jugée nécessaire chez certains malades, il faut alors
connaître les héparinémies moyennes ou les fourchettes
dhéparinémie compatibles avec une sécurité
optimale. Malheureusement, les héparinémies moyennes
générées par une même dose de 2 HBPM
distinctes peuvent être significativement différentes.
Ceci résulte des différences structurales et fonctionnelles
des HBPM discutées plus haut. Chez un malade présentant
un risque hémorragique identifié, il semble préférable
de se rapprocher des héparinémies moyennes telles
quelles ont été observées dans les essais
cliniques plutôt que de la limite supérieure de la
fourchette thérapeutique. Le tableau II indique
les héparinémies moyennes telles quelles sont publiées
dans la littérature, en fonction de lhéparine
injectée et du schéma thérapeutique adopté.
En tout état de cause, il est déconseillé de
dépasser 1.5 fois la valeur cible (tableau II). Ces recommandations
de bon sens ne sont cependant étayées par aucun travail
clinique prospectif.
Problèmes communs aux héparines non fractionnées
et de bas poids moléculaire
Peut-on administrer de lhéparine aux femmes enceintes
?
Les antivitamines K sont contre-indiqués chez la femme enceinte
pendant le 1er et le 3ème trimestre, mais il est possible
de les utiliser pendant le 2ème trimestre. Compte-tenu des
risques hémorragiques, des surcoûts liés aux
adaptations de posologie, il nest pas certain que cette stratégie
soit réellement économique et elle est à lévidence
plus complexe en pratique.
Ne passant pas la barrière placentaire, les héparines
sont sans risque pour le foetus [42].
En curatif, il est possible, de recourir à lHNF avec
des modalités habituelles de prescription et de suivi. Pour
la prévention, les posologies préventives de 5 000
UI x 2/J semblent insuffisantes et il est recommandé dadapter
la dose pour obtenir 0,1 à 0,2 U/ml dactivité
anti-Xa [43]. Les zones dinjection sous claviculaire, latéro-thoracique,
face externe de la cuisse, sont nécessaires.
LHNF semble entraîner un risque hémorragique
faible (2 %) mais à long terme un risque ostéoporotique
quil faut prendre en compte [44]. Le risque hémorragique
est sans doute plus faible pour les HBPM, qui sont également
moins ostéopéniantes même lors de traitements
prolongés.
Les HBPM ne traversent pas la barrière placentaire. De nombreuses
observations [45,46] indiquent que les HBPM sont efficaces et sûres
aussi bien en préventif quen curatif. Malheureusement,
en labsence dessais cliniques prospectifs à large
échelle, aujourdhui les HBPM nont pas dAMM
pour une utilisation chez la femme enceinte. La prescription dHBPM
relève donc au cours de la grossesse de la responsabilité
du médecin qui doit mettre en balance labsence officielle
de recommandation, labsence deffets indésirables
reconnus chez la mère et le ftus, la commodité
dutilisation de ces héparines pour une prévention
au long cours. Lexpérience des traitements curatifs
avec une seule administration par jour est très limitée,
contrairement à celles des traitements comportant deux injections.
Chez la femme enceinte il existe un risque hémorragique à
laccouchement, ce qui nécessite un arrêt temporaire
[47]. Beaucoup dobstétriciens préfèrent
déclencher laccouchement après un arrêt
de 12 à 24 h. Lhéparine est reprise 12 h après
laccouchement. Le recours à une anesthésie loco-régionale
ne peut être envisagée que si lhéparine
est arrêtée depuis au moins 12 h. Cependant, un essai
à montré que la durée de vie des héparines
était prolongée chez la femme enceinte. Il semble
donc préférable, avant une anesthésie loco-régionale,
de vérifier systématiquement lhéparinémie
[47]. En post partum, il semble que le risque thrombotique soit
prolongé pendant au moins 1 mois et chez les femmes présentant
un facteur de risque comme une thrombophilie il est généralement
proposé une prophylaxie sur 6 à 8 semaines [43].
Les héparines ne passent pas dans le lait et peuvent donc
être utilisées chez la femme allaitant.
Existe t'il des recommandations spécifiques pour lutilisation
des héparines chez le nouveau-né ?
Plusieurs facteurs sont susceptibles de moduler la réponse
du nouveau-né aux héparines : un taux bas dantithrombine
[49], une génération réduite de thrombine [50],
un volume plasmatique plus grand que chez ladulte, et une
clairance de lhéparine plus élevée.
Pour lHNF, les recommandations nord-américaines récentes
[51] sont : dose de charge de 75 U/kg en IV sur 10 min. et doses
dentretien de 28 U/kg/h. Les taux plus bas des facteurs de
la coagulation entraînent un allongement spontané mais
modéré du TCA (en moyenne 1,3 fois le temps de ladulte)
ce qui complique le suivi biologique. Il est donc recommandé
dassocier le TCA et lhéparinémie. Lallongement
souhaité du TCA est de 60 à 85 sec, allongement pouvant
varier selon le réactif utilisé, et lhéparinémie
doit être comprise entre 0,3 et 0,7 U anti-Xa/ml.
A cet âge, les HBPM ont des avantages pratiques : administration
sous-cutanée, moindre risque dostéoporose et
de thrombopénie, et surtout les contrôles biologiques
réduits. Le conditionnement des HBPM a été
conçu pour une administration par voie sous-cutanée
chez ladulte. En conséquence, les concentrations des
préparation disponibles (10 000 UI/ml ou 20 000 UI/ml) sont
inadaptées à une utilisation chez le nouveau-né
alors même que les difficultés daccès
veineux en font une indication privilégiée. Si cette
option thérapeutique est choisie, il est nécessaire
dêtre très vigilant sur le calcul de la dose
(UI/kg), qui doit être extrapolée de celle qui serait
utilisée chez un adulte pour une même indication et
sur la précision de la dilution en eau physiologique de la
préparation commerciale dHBPM quil convient de
réaliser.
Pour deux HBPM (Clivarine® et Lovenox®) le récent
consensus américain [51] propose des posologies qui sont
indiqués dans les tableaux III et IV. Compte-tenu du risque
hémorragique élevé, en particulier cérébral,
la surveillance biologique est ici nécessaire. Le même
consensus nord-américain a proposé également
un normogramme de ladaptation posologique pour ces 2 mêmes
héparines en fonction de lhéparinémie
anti-Xa (tableau IV).
Thrombopénie induite par lhéparine : quand
y penser et que faire ?
Une thrombopénie induite par l'héparine (TIH) peut
survenir sous HNF quelle que soit la posologie et le mode d'administration
mais aussi lors d'un traitement par une HBPM.
- Les
critères du diagnostic
Une
TIH doit être évoquée devant une diminution
typiquement brutale et importante, mais parfois progressive de la
numération plaquettaire survenant à partir du 5ème
jour de traitement. La thrombopénie est souvent franche <
100 Giga/l mais parfois les plaquettes sont en valeur absolue normales,
et seule une diminution relative de leur nombre d'au moins 40 %
par rapport à une valeur préalable en début
de traitement est objectivable. Dans certains cas, la thrombopénie
survient plus tôt si le malade a précédemment
et récemment été exposé à une
héparine ou à un héparinoïde. Le diagnostic
de TIH est moins vraisemblable au delà de trois semaines
de traitement. Des signes biologiques de coagulopathie de consommation
voire même de CIVD typique sont parfois présents [52,53].
Le diagnostic de TIH est plus vraisemblable si la thrombopénie
est associée à des manifestations thrombotiques. Les
thromboses artérielles sont évocatrices, mais aujourd'hui
assez rares. Les thromboses veineuses sont plus fréquentes,
souvent sévères et compliquées d'embolie pulmonaire
[54]. Elles sont parfois cliniquement latentes, et seront recherchées
systématiquement.
Le diagnostic clinique d'une TIH est toujours très difficile
à affirmer même si la numération des plaquettes
est corrigée après arrêt de l'héparinothérapie.
Il est donc nécessaire de confirmer le diagnostic par des
tests biologiques puisqu'en dehors d'une TIH authentique, l'arrêt
de l'héparine peut être une décision potentiellement
préjudiciable lors de certaines situations. Il est de plus
indispensable d'identifier les malades à risque de récidive
de TIH pour limiter les prescriptions ultérieures d'héparine
et la survenue de nouveaux accidents. Les TIH sont associées
à des anticorps de classe IgG qui activent les plaquettes
ainsi que le revêtement endothélial vasculaire en présence
d'héparine ou d'oligosaccharides sulfatés. La thrombopénie
et les thromboses résultent de cette activation plaquettaire
et d'une importante génération de thrombine. Les anticorps
reconnaissent dans la plupart des cas des complexes macromoléculaires
associant l'héparine et le facteur plaquettaire 4 [55-57].
Ces anticorps peuvent être détectés dans le
plasma des malades à l'aide de deux types de tests : tests
fonctionnels qui recherchent une activation plaquettaire induite
par le plasma ou le sérum en présence dhéparine,
et des tests immunologiques qui mettent en évidence la présence
danticorps dirigés contre le facteur plaquettaire 4
ou PF4 (tests ELISA). Les tests fonctionnels les plus pratiqués
en France sont les tests d'agrégation plaquettaire. Ils sont
longs à réaliser, non standardisés et de sensibilité
variable d'un laboratoire à l'autre [58].
Les tests ELISA ont une excellente sensibilité mais une spécificité
imparfaite puisque les anticorps anti-FP4 héparine-dépendants
peuvent aussi apparaître chez des patients traités
par lhéparine et ayant une numération plaquettaire
normale. De plus, les tests ELISA peuvent être négatifs
lors dauthentiques TIH attribuées à des anticorps
spécifiques de chemokines différentes du PF4 telles
que lIL-8. Dans ces cas seuls les tests plaquettaires fonctionnels
sont positifs. En pratique [59], il est donc souvent utile voire
même indispensable d'associer un test d'activation plaquettaire
à un test ELISA pour affirmer le diagnostic de thrombopénie
induite par l'héparine. Il faut savoir que les anticorps
ne restent détectables que quelques semaines après
arrêt de l'héparine.
- Conduite
à tenir et traitement d'une TIH
1°/
Dès la suspicion clinique du diagnostic de TIH, l'arrêt
de l'héparine est impératif sans attendre les résultats
des tests biologiques.
2°/ Même chez les malades ayant une TIH certaine ou probable
avec thrombocytopénie isolée asymptomatique, il est
préférable de prescrire un traitement antithrombotique
de substitution car le risque de thrombose ultérieure est
très élevé dans cette situation médicale
particulière. Les antivitamines K prescrits demblée
sont à éviter car ils majorent initialement le risque
thrombotique en diminuant rapidement le taux de protéine
C, un inhibiteur physiologique de la coagulation dont la demi-vie
est courte (<6h). Leur utilisation exclusive peut favoriser la
survenue d'une gangrène veineuse des membres inférieurs.
Les antiagrégants plaquettaires conventionnels comme l'aspirine
sont inefficaces. Les HBPM sont dans plus de 90 % des cas reconnues
par les anticorps de TIH et ne peuvent donc pas être utilisées
sans risque.
Deux options thérapeutiques doivent être choisies préférentiellement:
le danaparoïde sodique (Orgaran®) et la lépirudine
(Refludan®). Le lecteur trouvera des renseignements complémentaires
sur ces deux nouveaux médicaments dans le chapitre consacré
aux nouveaux antithrombotiques.
- Le danaparoïde est utilisable par voie sous-cutanée
lors d'une thrombopénie isolée sans thrombose ou par
voie sous-cutanée ou intra-veineuse continue dans les cas
présentant des complications thrombotiques veineuses ou artérielles
[12]. Pour environ 10 % des patients une réactivité
croisée des anticorps vis à vis du danaparoïde
est présente avec exceptionnellement la possibilité
d'une thrombopénie persistante et d'une inefficacité
du traitement antithrombotique. Chaque fois que cela est possible,
il faut rechercher une réactivité croisée entre
danaparoïde et héparine.
- La lépirudine est le deuxième antithrombotique utilisable
mais uniquement lorsque la TIH est associée à une
thrombose [13]. Cette antithrombine sélective et puissante
est administrée par voie intraveineuse continue avec une
surveillance biologique délicate. Ce problème est
abordé dans le chapitre sur les nouveaux antithrombotiques.
Il est préférable d'attendre que la numération
plaquettaire soit au préalable partiellement corrigée
(supérieure à 100 x 109/l) avant d'entreprendre un
relais par AVK. Le danaparoïde ninterfère pas
avec la détermination de lINR tandis que la lépirudine
le majore de façon significative, ce qui rend le relais plus
difficile à surveiller. Chez ces malades il peut être
nécessaire de mesurer le taux des facteurs VII, X et II (facteurs
vitamine K dépendants). Un traitement par lépirudine
doit être surveillé par une équipe clinico-biologique
avertie par ces problèmes.
La
surveillance régulière de la numération plaquettaire
deux fois par semaine est nécessaire chez tous les malades
traités par une héparine quel qu'en soit le type (HNF
ou HBPM) et l'indication (traitements curatifs et préventifs).
Il est préférable lorsque cela est possible de réduire
la durée des traitements par les héparines avec un
relais précoce par les antivitamines K.
Chez un malade ayant un antécédent récent (moins
de 3 mois) de TIH, il faut éviter la prescription d'héparine.
Si un traitement anticoagulant est nécessaire, le danaparoïde
est un choix possible mais avec une surveillance rigoureuse de la
numération des plaquettes, en raison du risque faible mais
réel dallergie croisée. La lépirudine
peut également être utilisé en cas de manifestation
thrombotique associée. Il ny a pas dallergie
croisée entre lépirudine et héparine.
A distance d'une TIH (au delà de 3 mois), la disparition
des anticorps initialement présents sera vérifiée
en ELISA et l'utilisation d'une héparine est alors envisageable
mais uniquement pour une durée de traitement très
courte, de 3 à 5 jours en préférant une HBPM,
et avec un relais précoce par un antivitamine K. Ici encore
une numération plaquettaire quotidienne sera effectuée.
Que faire en cas dincident ou daccident hémorragique
survenant sous héparinothérapie ?
Au cours des traitements curatifs, la fréquence des accidents
hémorragiques graves est denviron 5% [60]. Ils sont
souvent favorisés par des actes médicaux vulnérants.
La diversité des situations cliniques est telle quil
nest pas possible de donner des conduites à tenir spécifiques.
Sont données ici quelques informations destinées à
aider la décision du praticien pour chaque cas individuel.
- Un
incident hémorragique chez un malade en traitement par
lhéparine peut survenir à loccasion
dun surdosage vrai ou lors dun traitement correctement
équilibré. Lincident hémorragique peut
également être lié à une pathologie
propre au patient.
- Le
risque hémorragique des HBPM est probablement plus faible
que celui de lHNF. Un surdosage important pendant la période
péri-opératoire expose à un risque hémorragique
accru. A cet égard, les HBPM ne semblent pas avoir des
propriétés très différentes de celles
de lHNF.
- Après
injection intraveineuse et aux doses thérapeutiques usuelles,
le temps de demi-disparition de lHNF est denviron
1 heure et celui des HBPM denviron deux heures. Après
injection sous-cutanée, ces temps sont à multiplier
approximativement par deux. Ces données de base sont utiles
à connaître pour évaluer lhéparinémie
compte tenu de la dose injectée, du temps écoulé
entre le moment de linjection et le moment où une
décision éventuelle de neutralisation du traitement
est prise. La dose de sulfate de protamine administrée
doit tenir compte de lensemble de ces éléments
et des recommandations des laboratoires pharmaceutiques. Elle
sera modulée en fonction des résultats des contrôles
de TCA ou dhéparinémie demandés en
urgence.
- Le
sulfate de protamine neutralise complètement les effets
anticoagulant de lhéparine non fractionnée.
Un milligramme de sulfate de protamine neutralise 100 UI dHNF.
- Le
sulfate de protamine neutralise complètement lactivité
anti-facteur IIa (antithrombine) mais incomplètement lactivité
anti-facteur Xa des HBPM. La contribution respective de ces deux
activités au risque hémorragique induit par un surdosage
est mal connue. Il est donc plus difficile de neutraliser une
HBPM quune HNF. Les doses de sulfate de protamine recommandées
sont identiques à celles qui sont utilisées pour
lhéparine non fractionnée soit 1 mg pour 100
UI anti-facteur Xa dHBPM.
- Il ne
faut pas oublier que linjection de sulfate de protamine
peut entraîner, rarement il est vrai, des accidents avec
bradycardie et hypotension et il faut mettre en balance ce risque
dintolérance par rapport au risque hémorragique
réel des héparines. Les accidents dintolérance
à la protamine sont plus rares lorsque lantidote
est administré en perfusion lente sur 10 min. Une allergie
alimentaire au poisson peut être un événement
prédictif dune intolérance à la protamine.

Héparines
de bas poids moléculaire : quelques questions non résolues
Quelle est la durée optimale de la prophylaxie après
chirurgie orthopédique ?
Plusieurs travaux suggèrent que le risque de thrombose veineuse
profonde (TVP) persiste jusquà 2 mois après
la mise en place dune prothèse de hanche et quil
est utile de poursuivre une prophylaxie pendant 20 à 30 jours
après la sortie de lhôpital [61-63].
Cependant, les conclusions de ces travaux sont basées sur
des TVP diagnostiquées par phlébographie dont la valeur
clinique par rapport aux TVP symptomatiques, est actuellement remise
en cause pour certains. Or le risque de TVP et dembolie pulmonaire
symptomatique est faible 90 jours après lintervention
(4,3 % et 0,2 % respectivement).
Il semble donc aujourdhui que lon puisse proposer un
traitement habituel dune durée de 7 à 10 jours
et de ne le prolonger que chez les patients à risque thrombotique
élevé : obésité, paralysie, cancers,
antécédents de TVP [64]. Dans ce cas et pour des raisons
déconomie, certains proposent de faire un relais par
AVK [65].
Peut-on utiliser les HBPM pour le traitement des thromboses artérielles
et la prévention des thromboses sur valves cardiaques et
en cas de fibrillation auriculaire ?
Lessentiel du développement clinique des HBPM sest
fait dans le domaine de la maladie thromboembolique veineuse. Plusieurs
études récentes [9-11] ont montré aussi que
les HBPM à des doses identiques à celles utilisées
pour le traitement des thromboses veineuses, avaient la même
efficacité que lHNF dans le traitement de langor
instable, en association avec laspirine. Dans une étude
[11], Lovenox® a même démontré une supériorité
par rapport à lHNF. On peut donc penser raisonnablement
que les HBPM remplaceront lHNF dans ses autres indications
en cardiologie (infarctus du myocarde, prothèse valvulaire,
trouble du rythme, période post-CEC pour remplacement valvulaire).
Cependant, des travaux cliniques visant à valider cette hypothèse
sont nécessaires.
Peut-on traiter une embolie pulmonaire par une HBPM ?
Les malades atteints de thrombose veineuse proximale présentent
dans environ 40% des cas une embolie pulmonaire asymptomatique et
certains essais ont démontré que le traitement de
la thrombose veineuse par HBPM était également efficace
vis à vis de lembolie pulmonaire associée. Ce
concept a été vérifié dans une large
étude multicentrique réalisée avec Clivarine®
[8]. Un travail récent [7] a comparé les effets dun
traitement conventionnel par HNF administrée en perfusion
continue à ceux de Innohep® administré en sous
cutané à la dose de 175 U anti-Xa une fois par 24h,
dose identique à celle utilisée dans le traitement
des thromboses veineuses [1]. Les résultats nont pas
montré de différences significatives entre les deux
régimes thérapeutiques. Toutefois, à lheure
actuelle (premier semestre 1999) il nexiste pas encore dAMM
en France pour le traitement des embolies pulmonaires par les HBPM.
Les HBPM ont-elles leur
place dans la prévention de la maladie thromboembolique en
milieu médical ?
Trois pathologies ont fait lobjet détudes prospectives
: laccident vasculaire cérébral, linfarctus
du myocarde et la médecine interne, domaine vaste et mal
défini regroupant un ensemble hétérogène
de maladies au potentiel thrombogène très variable.
Le pourcentage de TVP est denviron 50% au décours dun
accident vasculaire cérébral, de 25% au décours
dun infarctus du myocarde et de 17% en médecine interne.
Cette prévalence élevée justifie des mesures
de prévention.
Cette prévention pose des problèmes incomplètement
résolus, parce que le nombre d'études réalisées
est faible par rapport à celles concernant l'état
post opératoire, parce que beaucoup de ces études
sont anciennes et parce que ces études ont été
conduites à une époque où les traitements anti-thrombotiques
modernes n'étaient pas utilisés (thrombolytiques,
antiagrégants plaquettaires). Une méta-analyse [66]
indique que les héparines (HNF et HBPM) entraînent
une réduction relative de risque de MTEV de 60 % à
67 % au décours d'un accident vasculaire cérébral,
d'un infarctus du myocarde et en médecine interne. Toutefois,
aucune réduction de la mortalité n'a pu être
démontrée. Des études prospectives évaluant
l'effet anti-thrombotique des héparines versus placebo sont
désormais nécessaires. Une étude multicentrique
récente [67] vient de comparer leffet préventif
de Lovenox® (20 mg et 40 mg par jour) à celui dun
placebo chez des malades atteints dinsuffisance cardiaque,
respiratoire, ou présentant un épisode infectieux
aigu ou une pathologie rhumatismale invalidante. Les résultats
indiquent que seule la dose de 40 mg est efficace.

.Tableau I
:
Héparine non fractionnée
et traitement curatif dune maladie thromboembolique veineuse
: mode dadministration et surveillance biologique par le temps
de céphaline activateur et lhéparinémie
|
Mode dadministration
|
Moment du prélèvement
|
Héparinémie (UI/ml)
|
TCA
Malade/témoin
|
Perfusion continue
Intraveineuse
|
Indifférent
|
0,3-0,6
|
2-3
|
|
Sous-cutané
|
Mi-chemin entre deux injections
Avant injection suivante
|
0,3-0,6
0,15
|
2-3
1,5
|
|
Ces recommandations correspondent
à la tradition française. Le document de consensus
nord-américain [23] propose des allongements de céphaline
activateur légèrement moins importants, cest-à-dire
1,5 à 2 fois le temps du témoin pour la perfusion
intraveineuse continue.

Tableau II :
doses recommandées
pour la prévention et le traitement des thromboses veineuses
par les différentes HBPM. Héparinémie moyenne
anti-Xa générée au cours dun traitement
curatif au pic dactivité. Importance de lallongement
du TCA.
|
Produit
|
Rapport
anti-Xa/anti-IIa
|
Dose U anti-Xa
|
Héparinémie Moyenne
U anti-Xa
|
Allongement TCA
|
| Prévention
risque modéré |
|
Innohep®
|
1,8
|
2500 U/24h
|
0
|
0
|
|
Fragmine®
|
2,5
|
2500 U/24h
|
0
|
0
|
|
Fraxiparine®
|
3,2
|
3000 U/24h
|
0
|
0
|
|
Clivarine®
|
3,2
|
1750 U/24h
|
0
|
0
|
|
Lovenox®
|
3,6
|
2000 U/24h(1)
|
0
|
0
|
| Prévention
risque élevé |
|
Innohep®
|
0
|
4500 U/24h(2)
|
0
|
0
|
|
Fragmine®
|
0
|
5000 U/24h
|
0
|
0
|
|
Fraxiparine®
|
0
|
3000 U/24h(3)
|
0
|
0
|
|
Clivarine®
|
0
|
4250 U/24h
|
0
|
0
|
|
Lovenox®
|
0
|
4000 U/24h
|
0
|
0
|
| Traitement
thrombose veineuse |
|
Fragmine®
|
0
|
100 U/kg/12h
|
0,6 U/ml
|
++
|
|
Fraxiparine®
|
0
|
90 U/kg/12h
|
0,9 U/ml
|
+
|
|
Lovenox®
|
0
|
100 U/kg/12h
|
1 U/ml
|
+
|
|
Innohep®
|
0
|
175 U/kg/24h
|
0,8 U/ml
|
+++(5)
|
|
Fraxodi®
|
0
|
180 U/kg/24h(4)
|
1,3 U/ml
|
++
|
|
(1) La dose de Lovenox® sexprime
aussi en mg : 1 mg = 100 U.
(2) Lorsque le risque est jugé intermédiaire, la dose
recommandée est 3500 U.
(3) En cas de chirurgie orthopédique la dose recommandée
est de 40 U/kg pendant les 3 premiers jours puis 60 U/kg les jours
suivants soit pour un poids de 70 kg 2800 U puis 4200 U.
(4) Fraxodi® correspond à Fraxiparine® 2 fois concentrée.
Noter que lhéparinémie générée
est différente de celle de Innohep® malgré une
dose administrée comparable.
(5) Lallongement du
TCA est ici très significatif (2 à 3 fois le témoin),
tandis quil est modéré avec Fraxiparine®
et Lovenox® (1.2 à 1.4 fois le témoin). Ce renseignement
est donné à titre dinformation, le TCA la
pas lieu dêtre demandé pour la surveillance dun
traitement par HBPM, car il ne prédit ni le risque hémorragique,
ni lefficacité antithrombotique.

Tableau III :
Posologies
(U anti-Xa) de 2 HBPM applicable aux nouveau-nés et aux nourrissons
|
o
|
Lovenox® (1)
|
Clivarine®
|
|
Age/poids
|
< 2 mois
|
> 2 mois
|
< 5 kg
|
> 5 kg
|
|
Traitement
|
150 U/kg x2/j
|
100 U/kg x2/j
|
150 U/kg x2/j
|
100 U/kg x2/j
|
|
Prévention
|
75 U/kg x2/j
|
50 U/kg x2/j
|
50 U/kg x2/j
|
30 U/kg x2/j
|
|
(1) La posologie de Lovenox® sexprime aussi en mg
: 1 mg = 100 U anti-Xa

Tableau IV :
Adaptation de posologie
de 2 HBPM (Clivarine® et Lovenox®) applicable aux nouveau-nés
et aux nourrissons
Héparinémie
U Anti-Xa/ml (1)
|
retarder linjection suivante
|
changement de dose
|
nouveau dosage
anti-Xa
|
|
< 0,35
|
Non
|
Augmenter de 25%
|
4 h après injection
|
|
0,35 - 0,49
|
Non
|
Augmenter de 10%
|
4 h après injection
|
|
0,5 - 1
|
Non
|
non
|
24 h puis 1/semaine puis tous les mois
|
|
1,1 - 1,5
|
Non
|
Diminuer de 20%
|
avant nouvelle injection
|
|
1,6 - 2
|
3 h
|
Diminuer de 30%
|
avant nouvelle injection et 4 h après
|
|
> 2
|
jusquà héparinémie 0,5
U/ml
|
Diminuer de 40%
|
avant nouvelle injection et si non < 0,5 U/ml répétée
à 12 h
|
|
(1) héparinémies
mesurées au pic dactivité soit 3 à 5h
après ladministration SC
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Variables préanalytiques
Recommandations pour les Prélèvements destinés aux test d'hémostase : 2007
Le groupe de travail coordonné par Catherine Boinot et composé de B. Delahousse, C. Droulle, M.F. Hurtaud, B. Polack et A. Robert a mis à jour les données concernant les variables préanalytiques.
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