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LA PREVENTION DE LA MALADIE THROMBOEMBOLIQUE VEINEUSE PERIOPERATOIRE ET OBSTETRICALE
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THROMBOPENIE IMMUNOALLERGIQUE À L'HÉPARINE : CONFÉRENCE D'EXPERTS 2002
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AGENTS
ANTIPLAQUETTAIRES ET PERIODE PERI-OPERATOIRE
Comité dorganisation
Coordonnateur : Marc Samama (anesthésie-réanimation,
Bobigny)
Gérard Janvier (anesthésie-réanimation, Bordeaux),
Thomas Lecompte (hémostase, Nancy), Jean François
Schved (hémostase, Montpellier), Brigitte Jude (hémostase,
Lille), Nathalie Nathan (anesthésie-réanimation, Limoge),
Benoît Vallet (anesthésie-réanimation, Lille),
Henri Bricard (anesthésie-réanimation, Caen)
Groupe dexperts
Pierre Albaladejo (anesthésie-réanimation, Bichat,
Paris), Pierre Amarenco (neurologie, Lariboisière, Paris),
Olivier Bastien (anesthésie-réanimation, Lyon), Jean-Pierre
Carteaux (chirurgie cardiaque, Nancy), François Charpentier
(EFS, Paris), Isabelle Daudenthun (anesthésie-réanimation,
Beaujon, Clichy), Marie-Hélène Denninger (hémostase,
Beaujon, Clichy), Laurent Dubé (anesthésie-réanimation,
Angers), Hervé Fernandez (obstétrique, Antoine Béclère,
Clamart), Patrick Ffrench (hémostase, Lyon), François
Forestier (anesthésie-réanimation, Bordeaux), Elisabeth
Gaertner (anesthésie-réanimation, Strasbourg), Christian
Isetta (anesthésie-réanimation, Nice), Jean-Michel
Julliard (cardiologie, Bichat, Paris), Philippe Lacroix (explorations
fonctionnelles vasculaires, Limoges), Dominique Lasne (hémostase,
Necker, Paris), Didier Leys (neurologie, Lille), Emmanuel Marret
(anesthésie-réanimation, Tenon, Paris), Jean Marzelle
(chirurgie vasculaire, Antony), Marc-Antoine May (anesthésie-réanimation,
Tours), Patrick Mismetti (pharmacologie clinique, St Etienne), Philippe
Nguyen (hémostase, Reims), Nadia Rosencher (anesthésie-réanimation,
Cochin, Paris), Marc Samama (anesthésie-réanimation,
Bobigny), Kamran Samii (anesthésie-réanimation, Toulouse),
Gabriel Steg (cardiologie, Bichat, Paris), Sophie Susen (hémostase,
Lille), Claude Vielpeau (orthopédie, Caen), Paul Zetlaoui
(anesthésie-réanimation, Le Kremlin-Bicêtre),
Groupe de lecture
Marie-Christine Alessi (hémostase, Marseille), Jeanne Barré
(anesthésie-réanimation, Reims), Thierry Bégué
(orthopédie, Bobigny), Sadek Beloucif (anesthésie-réanimation,
Amiens), Liliane Bodin (anesthésie-réanimation, Pitié,
Paris), Hervé Bouaziz (anesthésie-réanimation,
Nancy), Yves Cadroy (hémostase, Toulouse), Gilles Chaine
(ophtalmologie, Bobigny), Annie Derlon (hémostase, Caen),
Jean-Dominique Doublet (urologie, Tenon, Paris), Emile Ferrari (cardiologie,
Nice) Gilles Dupuy (ORL, Issy-les-Moulineaux), Martine Gayraud (médecine
interne, Institut Mutualiste Montsouris, Paris), Olivier Genty (médecine
générale, Châtillon), Christophe Lelaidier (gynéco-obstétrique,
Montpellier), Dan Longrois (anesthésie-réanimation,
Nancy), Fabrice Michaut-Paterno (anesthésie-réanimation,
Le Kremlin-Bicêtre), Stéphane Racine (anesthésie-réanimation,
Bobigny), Lionel Simon (anesthésie-réanimation, Saint
Vincent de Paul, Paris), Olivier Souchot (anesthésie-réanimation,
Bobigny), Annick Steib (anesthésie-réanimation, Strasbourg),
Patrick Tubiana (gynéco-obstétrique, Antony), Olivier
Tuil (anesthésie-réanimation, Bobigny), Michel Vinchon
(neurochirurgie, Lille) et le comité dorganisation.
Lorganisation de cette conférence dexperts a
bénéficié de la collaboration de deux sociétés
: la Société française danesthésie
et de réanimation (Sfar) et celle du Groupe détude
sur lhémostase et la thrombose (GEHT) de la Société
française dhématologie. Les réponses
aux questions définies par le comité dorganisation
ont été rédigées par un groupe dexperts
et relues par un groupe de lecture multidisciplinaire en suivant
les recommandations méthodologiques des conférences
dexperts de la Sfar. Les recommandations ont été
classées selon leur force en grades en tenant compte du niveau
de preuve des études sur lesquelles elles sappuient.
Tous les domaines de la chirurgie nont pu être couverts
en raison de la pauvreté de la littérature.
Ce texte court a été présenté en session
publique le 22 septembre lors du Congrès national de la Sfar
et a été amélioré en tenant compte des
réactions dune large audience (plus de 300 personnes).
Nous espérons quil répondra à vos attentes.
Agents antiplaquettaires (AINS compris) - Définitions
Les agents antiplaquettaires (AAP) sont des médicaments
capables dinhiber les fonctions plaquettaires et en particulier
lactivation et lagrégation plaquettaires.
Les AAP actuellement disponibles sont : laspirine,
le dipyridamole, les thiénopyridines : ticlopidine et clopidogrel,
et les antagonistes du récepteur plaquettaire aIIbb3 (GPIIb-IIIa).
Laspirine inhibe la production plaquettaire de thromboxane
A2, puissant inducteur de lagrégation, en inhibant
de façon irréversible la cyclooxygénase plaquettaire.
Les autres anti-inflammatoires non stéroïdiens, parmi
lesquels le flurbiprofène, inhibent la cyclooxygénase
de façon réversible. La durée de leffet
est lié à la demi-vie qui est très variable
dun AINS à lautre (4 à 5 heures pour le
flurbiprofène).
La ticlopidine et le clopidogrel inhibent, par lintermédiaire
de leurs métabolites actifs, lagrégation plaquettaire
induite par lADP en modifiant de façon irréversible
lun des récepteurs plaquettaires de lADP.
Lactivation à la surface plaquettaire du récepteur
aIIbb3 (GPIIb-IIIa) permet lagrégation des plaquettes.
Les antagonistes de ce récepteur sont de type anticorps monoclonal
dirigé contre le complexe glycoprotéique aIIbb3 ou
des analogues peptidiques ou non peptidiques de ce complexe aIIbb3
(eptifibatide, tirofiban,) qui entrent en compétition avec
le fibrinogène et aussi avec le facteur Willebrand pour la
liaison à ce récepteur.
QUESTION 1 a
Quelles sont les indications reconnues des agents antiplaquettaires
en cardiologie?
1 - Au cours de linfarctus aigu du myocarde, avec une
dose minimale de 160 mg, donnée lors de la prise en charge
initiale du patient, laspirine réduit la mortalité
denviron 20% et doit être poursuivie à une dose
quotidienne comprise entre 75 et 325 mg (grade A).
2 - Lindication de laspirine est également fondée
sur des preuves scientifiques dans les autres formes cliniques des
syndromes coronariens aigus (angor instable et/ou infarctus
sans onde Q) ainsi quau cours de langor stable
(grade A). La dose recommandée initiale minimale est
de 160 mg suivie dune dose dentretien de 75 à
325 mg par jour.
3 - En cas d'angioplastie coronaire percutanée avec
mise en place d'un stent une association d'aspirine (100 à
250 mg·j-1) et de clopidogrel (75 mg·j-1) est prescrite
pendant un mois pour prévenir les risques d'occlusion du
stent (grade A). Cette association remplace l'ancienne qui
comportait aspirine plus ticlopidine. En cas de pontage aorto-coronaire
il est souhaitable de ne pas interrompre le traitement avant l'intervention
et de continuer ce traitement dès les premières heures
postopératoires (grade C).
4 - En prévention secondaire (après infarctus
du myocarde, accident vasculaire cérébral ou artérite)
le clopidogrel à la dose de 75 mg par jour assure
une protection vasculaire légèrement supérieure
à celle de laspirine à la dose de 325 mg par
jour (grade B). Après un infarctus, le flurbiprofène
à la dose de 100 mg par jour diminue le risque de récidive
comparativement à un placebo (grade B).
5 - En prévention primaire du risque de décès
et dinfarctus du myocarde, un bénéfice se dégage
chez le sujet de plus de 50 ans, ayant au moins un facteur de risque
vasculaire (HTA par exemple) et en utilisant de petites doses, 75
à 100 mg daspirine (grade B).
6 - En cas de fibrillation auriculaire, laspirine à
la dose de 325 mg peut remplacer les anticoagulants chez le sujet
jeune de moins de 65 ans sans facteur de risque associé et
en labsence de cardiopathie emboligène (grade A).
Laspirine est également indiquée lorsque le
traitement anticoagulant est contre-indiqué ou ne peut être
suivi (grade B).
7 - Chez un patient porteur dune valve mécanique,
en association avec les antagonistes de la vitamine K, laspirine
est à réserver aux patients ayant déjà
présenté un accident embolique sous traitement anticoagulant
bien conduit ou en cas de maladie coronaire associée et en
utilisant les doses faibles, 75 à 100 mg (grade C).
Il ny a pas de preuves pour effectuer une prescription systématique.
8 - Les indications retenues pour les anti GP IIb/IIIa par voie
intraveineuse (12 à 48 heures) sont actuellement :
eptifibatide et tirofiban : prévention du risque de
décès et dinfarctus du myocarde au cours des
syndromes coronariens aigus sans élévation persistante
du segment ST (grade B) ;
abciximab : prévention des complications de langioplastie
coronaire (grade A).
QUESTION 1 b
Quelles sont les indications reconnues des agents antiplaquettaires
en neurologie?
1- En phase aiguë dun infarctus cérébral,
chez les patients ne pouvant être traités par thrombolyse,
laspirine (160 à 325 mg·j-1) est recommandée
en labsence de contre-indication majeure et indépendamment
de la cause présumée (grade A).
2 - En prévention primaire des AVC, un patient à faible
risque ne doit pas recevoir de traitement antiplaquettaire (grade
C).
3 - En cas de fibrillation auriculaire, laspirine à
la dose de 325 mg peut remplacer les anticoagulants chez le sujet
jeune de moins de 65 ans sans facteur de risque associé.
(grade A). Laspirine est également indiquée
lorsque le traitement anticoagulant est contre-indiqué ou
ne peut être suivi (grade B).
4 - En prévention secondaire des AVC, un patient sans cardiopathie
emboligène, doit être traité en première
intention par aspirine à une dose de 75 à 325 mg·j-1
(grade A) ou éventuellement par lassociation
aspirine (50 mg) dipyridamole à libération
prolongée (400 mg) (grade A) ou un dérivé
des thiénopyridines (grade A). Lassociation
aspirine (50 mg) dipyridamole à libération
prolongée (400mg), est plus efficace que chacun des deux
composants isolément (grade A). Parmi les dérivés
des thiénopyridines, le clopidogrel doit être préféré
à la ticlopidine parce quil a des effets secondaires
moindres (grade A). Le clopidogrel est légèrement
plus efficace que laspirine dans la prévention secondaire
des accidents ischémiques constitués dorigine
non-cardioembolique (grade A). Il est actuellement réservé,
en raison de son coût, aux patients intolérants à
laspirine, ceux à haut risque de récidive, et
récidivant sous aspirine.
5 - Le dipyridamole retard seul (non disponible en France) ayant
une efficacité légèrement inférieure
à laspirine mais supérieure au placebo, devrait
être réservé à la prévention secondaire
des patients sans cardiopathie emboligène intolérants
à la fois à laspirine et au clopidogrel (grade
B).
6 - Il ny a pas de preuve dun bénéfice
sur le long terme de lassociation aspirine-clopidogrel, et
des antiGPIIb/IIIa: ces médicaments ne doivent pas être
utilisés dans la prévention de lischémie
cérébrale en dehors du contexte dun essai contrôlé
(grade E), ou pendant un mois dans les suites dune
angioplastie avec endoprothèse au niveau de la carotide pour
lassociation clopidogrel - dipyridamole (grade E).
7 - Les AAP naugmentent pas le risque dhématome
cervical ou dhémorragie intracranienne après
chirurgie de la carotide (grade B). La chirurgie de la carotide
effectuée sans agent antiplaquettaire est associée
à une surmortalité postopératoire par infarctus
du myocarde (grade B). Il est recommandé de pratiquer
la chirurgie de la carotide sous traitement par aspirine (grade
B).

QUESTION 2
Quelle place pour laspirine dans la prophylaxie de la maladie
thromboembolique veineuse ?
1 - Laspirine ne doit pas être recommandée
pour la prévention de la maladie thromboembolique veineuse
postopératoire précoce (2 premières semaines),
et ce quel que soit le type de chirurgie. Ceci est en plein
accord avec les recommandations de la 6e conférence de consensus
nord-américaine sur les antithrombotiques (grade A).
2- Cependant, leffet prophylactique de laspirine sur
la maladie thromboembolique veineuse est probable avec une réduction
significative du risque de thrombose veineuse profonde (TVP) prouvées
par un test au fibrinogène marqué et/ou une phlébographie
et du risque dembolies pulmonaires (EP) symptomatiques postopératoires
(niveau de preuve I).
3 -Toutefois, près de 25 % des malades inclus dans les différentes
études (notamment 50 % des malades de létude
« Pulmonary Embolism Prevention » [Lancet 2000]) recevaient
également, associé à laspirine, un traitement
héparinique à dose prophylactique. Dans ces conditions
leffet de laspirine utilisée seule reste incertain.
4 - Par comparaison historique et compte tenu de comparaisons directes,
leffet prophylactique de laspirine semble être
inférieur à celui observé avec dautres
thérapeutiques antithrombotiques comme les héparines
de bas poids moléculaire (niveau de preuve II).
5 - Laspirine nentraîne pas de réduction
de la mortalité post-opératoire, notamment cardiovasculaire.
Dans le même temps, les héparines semblent réduire
cette mortalité post-opératoire (niveau de preuve
II).
6 - Laspirine ne saurait non plus être recommandée
en cas de contre-indication aux héparines, en cas de thrombopénie
induite par héparine, car il existe dautres thérapeutiques
substitutives ayant parfaitement démontré leur efficacité
(comme le danaparoïde) ou en cas de risque hémorragique
(grade A).
7 - Il nexiste pas dintérêt, en terme defficacité
prophylactique de la maladie thromboembolique veineuse, à
associer laspirine à dautres mesures préventives
comme les héparines ou la compression pneumatique intermittente
(grade B).
8 - Lassociation de laspirine à une héparinothérapie
à dose prophylactique augmente le risque daccident
hémorragique per- et postopératoire (niveau de preuve
I).
9 - Laspirine ne doit pas être recommandée
non plus en première intention pour la prophylaxie prolongée
après chirurgie orthopédique (grade A). Toutefois
les résultats de létude PEP [4] pourraient en
faire une alternative aux héparines et aux anticoagulants
oraux dans cette indication, notamment en cas de contre-indication
ou dutilisation déconseillée (insuffisance rénale...)
(grade B).

QUESTION 3
Faut-il évaluer biologiquement un traitement par agents
antiplaquettaires (efficacité, risque hémorragique)
?
1 - Les recommandations de surveillance biologique dun traitement
par AAP se limitent actuellement à :
la numération plaquettaire réalisée
2 à 4 heures puis 24 heures après le début
dun traitement par anti-GPIIbIIIa administrés par voie
intraveineuse ;
la numération des polynucléaires neutrophiles
tous les 15 jours dans les 3 premiers mois dun traitement
par la ticlopidine.
2 -Tout patient sous traitement par AAP doit être considéré
comme ayant une thrombopathie médicamenteuse.
3 -Aucun test biologique actuellement disponible nest suffisamment
performant et adapté à une utilisation en routine
pour envisager une surveillance systématique de leffet
antiplaquettaire de ces médicaments :
le temps de saignement ne doit pas être réalisé
pour estimer le risque hémorragique d'un patient sous traitement
par AAP : sa sensibilité aux AAP est inconstante ;
le Platelet Function Analyzer (PFA) ne doit pas être
réalisé pour estimer le risque hémorragique
d'un patient sous traitement par AAP : bien qu'il semble plus sensible
que le temps de saignement (TS) à la prise d'aspirine et
aux anti-GPIIbIIIa, aucune étude n'a pour l'instant démontré
que le résultat du PFA était prédictif du risque
hémorragique lié à la prise d'AAP ;
l'agrégation plaquettaire et la cytométrie
de flux sont des techniques lourdes non adaptées à
la routine. De plus, il n'a pas été clairement démontré
que leurs résultats étaient prédictifs de l'efficacité
clinique ou du risque hémorragique de ces médicaments.
4 -Compte tenu de la variabilité individuelle de sensibilité
à certains AAP, il pourrait être intéressant
de disposer dun test biologique adapté à la
routine pour surveiller en temps réel lefficacité
et prédire le risque hémorragique des traitements
par AAP.

QUESTION 4
Les agents antiplaquettaires majorent-ils le risque hémorragique
périopératoire en chirurgie ? Si oui, quelles sont
les conséquences ?
Le risque hémorragique périopératoire des AAP
est variable selon la nature de l'acte chirurgical. L'essentiel
des études porte sur des actes chirurgicaux pour lesquels
les conséquences fonctionnelles ou vitales du saignement
sont notoires (ORL, ophtalmologie), et sur des actes souvent encadrés
par des médicaments ayant une activité antiplaquettaire
(chirurgie cardiaque, orthopédie), qu'il s'agisse de thérapeutiques
antithrombotiques (aspirine) ou antalgiques (AINS). Les résultats
de cette analyse sont présentés selon des niveaux
de preuve et non sous forme de recommandations en raison de l'hétérogénéité
des études rapportées. Enfin, beaucoup d'actes ne
sont pas abordés en raison de l'absence de données
claires sur le risque hémorragique en présence d'AAP.
.1.1 Niveau de preuve I
L'aspirine préopératoire à faible
dose (160 mg associés à une HBPM) augmente le risque
hémorragique et lexposition transfusionnelle dans la
chirurgie de la hanche. L'association AINS-HBPM postopératoire
n'augmente pas le risque hémorragique ni lexposition
transfusionnelle dans la chirurgie de la hanche. L'aspirine postopératoire
seule n'augmente pas le risque hémorragique et lexposition
transfusionnelle dans la chirurgie de la hanche et du genou
Les AINS (kétorolac dont la commercialisation est
arrêtée et diclofénac) ou laspirine prescrits
en périodes pré- ou postopératoires dune
amygdalectomie peuvent favoriser la survenue dun saignement
périopératoire et augmenter le nombre de réinterventions
pour hémostase (niveaux de preuve I à III)
.1.2 Niveau de preuve II
En ophtalmologie, laspirine préopératoire
naugmente que faiblement le risque hémorragique de
la chirurgie des structures avasculaires (cristallin, cornée).
Dans la chirurgie du strabisme, les AINS prescrits en période
postopératoire naugmentent pas le risque hémorragique
Les AINS postopératoires n'augmentent que faiblement
les pertes sanguines sans conséquence sur les besoins transfusionnels
après chirurgie prostatique par voie haute. La ticlopidine
pré- et postopératoire augmente le saignement et les
besoins transfusionnels postopératoires dans la résection
transuréthrale de prostate (RTUP). En revanche, les données
de la littérature sont contradictoires sur le risque hémorragique
et l'exposition transfusionnelle des patients sous aspirine ou AINS
préopératoires de RTUP (niveaux de preuve II et III).
La prise daspirine pendant la grossesse n'augmente
ni la fréquence des hémorragies de la délivrance
ni leur intensité. La prise dAINS ne semble pas modifier
le saignement périopératoire de la césarienne.
Les AINS prescrits en période postopératoire
d'une chirurgie de la hanche et du genou n'augmentent pas le risque
hémorragique et lexposition transfusionnelle
En chirurgie cardiaque, les AINS et laspirine préopératoires
augmentent de façon modeste le saignement postopératoire
sans modifier considérablement les besoins transfusionnels
(niveaux de preuve II à IV)
.1.3 Niveau de preuve III
L'aspirine préopératoire naugmente
pas le risque de survenue dun hématome cervical ou
dune hémorragie intracrânienne dans la chirurgie
vasculaire carotidienne
La prise préopératoire dAAP semble augmenter
le risque hémorragique périopératoire dans
le cadre de la chirurgie intracrânienne (niveaux de preuve
III à V).
Dans la chirurgie prostatique par voie haute, l'aspirine
préopératoire peut augmenter le saignement et les
besoins transfusionnels.
Le risque hémorragique en chirurgie générale
est considéré comme fort lorsque les patients sont
traités par thiénopyridines en phase préopératoire.
En chirurgie digestive chez les patients de moins de 75 ans,
la prescription postopératoire dAINS pendant moins
de 5 jours ne semble augmenter ni le risque hémorragique
périopératoire, ni lincidence des reprises chirurgicales
pour hémostase.
La présence daspirine ou d'AINS seuls en période
préopératoire de chirurgie de la hanche peut augmenter
le risque hémorragique et lexposition transfusionnelle
des patients.
Sans interruption ou avec un délai de quelques heures
avant une chirurgie cardiaque dans un contexte durgence, l'abciximab
augmenterait le risque hémorragique et lexposition
transfusionnelle des patients. Ce risque apparaît moindre
pour les anti GPIIb/IIIa à demi-vie brève (tirofiban,
eptifibatide) mais reste encore à évaluer.
.1.4 Niveau de preuve IV
En chirurgie cardiaque, une augmentation du risque hémorragique
est à craindre en présence dun traitement préopératoire
par thiénopyridines.

QUESTION 5A
Est-il possible de pratiquer un bloc périphérique
chez un patient traité par agents antiplaquettaires ?
Blocs périphériques
1. La question de réaliser une ALRP chez un patient traité
par un AAP ne se pose que si le maintien du traitement par lagent
antiplaquettaire nest pas un obstacle à la réalisation
de lintervention.
2. Pour lanesthésie locorégionale des membres
(blocs), le risque hémorragique lié aux AAP nest
pas documenté dans la littérature. Laspirine
et les AINS constituent probablement un risque très faible
ou nul (grade D). Le risque lié aux thiénopyridines
est ressenti comme plus important. Il justifie dans tous les cas
une évaluation précise du rapport bénéfice
risque de leur arrêt si lon désire pratiquer
une anesthésie régionale ou de la pratique dune
anesthésie régionale périphérique en
leur présence (grade D).
3. Concernant lanesthésie régionale en ophtalmologie,
il ne paraît ni justifié ni nécessaire dinterrompre
un traitement par aspirine ou AINS avant une ALR en ophtalmologie
(grade C). À lopposé, un traitement par thiénopyridine
est préférentiellement suspendu. Si une intervention
est envisagée chez un patient dont le traitement par une
thiénopyridine ne peut être interrompu, lanesthésie
topique si elle est possible, serait souhaitable. Dans les autres
situations, si le rapport bénéfice-risque entre anesthésie
générale et ALR est en faveur de lALR, une anesthésie
péribulbaire avec une seule ponction (dans le quadrant inféro-externe)
peut être préconisée.
4. Dans le cadre de la chirurgie carotidienne, quelle que soit la
technique anesthésique, larrêt de laspirine
nest pas souhaitable (grade B). Le risque de complications
liées à la réalisation dune ALR chez
les patients ayant poursuivi un traitement par thiénopyridines
nest pas documenté. Cependant, un traitement par thiénopyridines
est habituellement interrompu avant la réalisation dun
bloc du plexus cervical (grade C). Si un tel traitement a été
maintenu jusquau jour de lintervention, il convient
denvisager en première intention une autre technique
danesthésie, anesthésie locale chirurgicale
particulièrement. Si une ALR est envisagée, il semble
préférable de réaliser un bloc du plexus cervical
superficiel plutôt quun bloc du plexus cervical profond
(avis dexperts), ces deux techniques ayant une efficacité
comparable.

QUESTION
5B
Est-il possible de pratiquer une anesthésie locorégionale
rachidienne chez un patient traité par agents antiplaquettaires
?
1. Le risque dhématome périmédullaire
chez un patient traité par laspirine ou les AINS semble
très faibles et il nest rapporté que de manière
anecdotique, alors que ces agents antiplaquettaires sont utilisés
depuis de nombreuses années chez un très grand nombre
dopérés bénéficiant dune
anesthésie rachidienne (niveau IV).
2. Aucun hématome rachidien nest rapporté dans
les grandes études qui ont associé ALR-rachidienne
(ALR-R) et aspirine, en orthopédie et en obstétrique
(niveau II).
Ces données rassurantes portent sur un très grand
nombre de malades.
3. Aucune étude comparant lanesthésie rachidienne
et lanesthésie générale (AG) na
démontré de manière irréfutable ou évidente
la supériorité de lune ou lautre de ces
techniques (à lexception de lobstétrique).
Une méta-analyse récente conclut à un avantage
des techniques dALR en termes de morbidité. Cette comparaison
AG/ALR-R étant controversée, cest donc au cas
par cas que lindication doit être posée.
4. Il est préférable de séparer laspirine
et les AINS des autres AAP (ticlopidine, clopidogrel) dont lutilisation
est beaucoup moins répandue et qui induiraient un surcroît
de risque hémorragique. Lanesthésie rachidienne
est déconseillée avec ces agents (avis dexperts).
5. Laspirine et les AINS ne contre-indiquent pas une ALR rachidienne
au cas par cas si lon considère que le bénéfice
de lALR-R est supérieur au très faible risque
dhématome médullaire, à la condition
:
que le patient nait reçu aucun traitement anticoagulant
avant la ponction ;
de préférer la rachianesthésie «
en ponction unique» à la péridurale ou à
la rachianesthésie (rachi continue) avec cathéter
;
quil nexiste pas danomalie associée
de lhémostase (importance de linterrogatoire)
;
que la surveillance neurologique postopératoire soit
rigoureuse (grade E).
6. Dans lhypothèse où un traitement par AINS
postopératoire est prescrit, une molécule à
demi-vie courte devra être préférée (avis
dexperts)..

QUESTION
6
Peut-on interrompre un traitement par agent antiplaquettaire ? Si
oui, combien de temps ? Dans quelles conditions ? Faut-il le substituer
? Par quel(s) autre(s) traitement (s) ?
1 - Chez les patients ayant une pathologie cérébrovasculaire
ou coronaire, un traitement par AAP au long cours par aspirine est
recommandé (grade A), et ne peut être arrêtée
en période périopératoire que lorsque le risque
hémorragique spécifique à la chirurgie paraît
nettement supérieur au risque cardiovasculaire lié
à larrêt (en particulier au risque de syndrome
coronaire aigu) par rapport au bénéfice. Cependant,
le risque exact lié à larrêt des AAP en
périopératoire chez des coronariens identifiés,
est mal connu. Certaines séries non contrôlées
suggèrent que ce risque est loin dêtre nul, mais
il est urgent de réaliser des enquêtes prospectives
sur le sujet.
2 - En labsence détude validée pour chaque
cas, un algorithme décisionnel est parfois proposé
par des experts (ophtalmologie, neurochirurgie, obstétrique..)
et doit tenir compte de la technique chirurgicale et anesthésique,
de la possibilité du contrôle de lhémostase
et du risque cardiovasculaire spécifique.
3 - Aucun test dexploration de lhémostase primaire
ne présente de valeur prédictive du risque hémorragique.
4 - Le risque de thrombose aigue du stent est maximal lors du premier
mois après la mise en place. Létude de la période
maximale defficacité des AAP au décours de la
mise en place de stents coronariens, du risque naturel précoce
de thrombose subaiguë du stent, du risque, plus tardif, de
resténose, et du risque de réaggravation de la maladie
coronarienne, font recommander (avis dexperts) comme
période optimale, un délai entre 1 et 3 mois
après la pose du stent pour la réalisation dune
chirurgie non urgente nécessitant une brève interruption
des AAP.
5 - Le risque cardiovasculaire lié à linterruption
dun traitement par AAP pourrait être fonction de la
durée de larrêt thérapeutique. Lorsque
cette interruption est jugée indispensable, on doit tenir
compte du mode daction des AAP (réversible ou non),
ainsi que de leur durée daction très différente
entre eux (4 heures à 10 jours). Pour laspirine, la
ticlopidine et le clopidogrel, la durée de linterruption
est en pratique courante de 10 jours. La prise en compte de la régénération
dun taux de plaquettes efficaces de 50% est de pratique assez
courante, sans que cette période nait été
validée par des essais de niveau de preuve élevé.
On prend alors en référence une durée de vie
moyenne des plaquettes de 10 jours, avec une régénération
plaquettaire de 10 % par jour.
6 - Le risque cardiovasculaire lié à linterruption
dun traitement par AAP doit inciter à une reprise postopératoire
précoce, idéalement entre la 4e et la 6e heure en
chirurgie de revascularisation coronaire (niveau de preuve IV).
7 - Un traitement de substitution à laspirine ou aux
thiénopyridines est envisageable, en utilisant des agents
ayant une action antiplaquettaire ou anti-thrombotique réversible
à court terme. En létat actuel des connaissances,
aucun traitement substitutif (HNF ou HBPM à doses curatives,
dérivé des salicylates (triflusal) ou AINS, na
été validé de façon prospective, même
si certains traitements, tels que le flurbiprofène, possèdent
un AMM comme AAP dans la maladie coronaire. Les héparines
de bas poids moléculaires à dose curative ont montré
leur efficacité, lorsquelles sont associées
à laspirine, dans le traitement curatif des syndromes
coronariens aigus sans sus-décalage du segment ST. Elles
exposent à dautres risques spécifiques, notamment
hémorragiques, et ne sont pas toujours aisément maniables
dans le contexte périopératoire. Des études
prospectives sont hautement souhaitables, notamment pour réaliser
une validation prospective ou une comparaison des stratégies
les plus employées.
8 - Les posologies proposées sont pour le flurbiprofène
: un comprimé de 50 mg deux fois par jour, la dernière
dose étant donnée 24 heures avant lintervention.
Pour les HBPM : en labsence dinsuffisance rénale,
on choisira une HBPM administrée en deux injections par jour
et prescrite à dose curative. La numération des plaquettes
sera faite deux fois par semaine.
9 - Après discussion collégiale avec le prescripteur
de lAAP, le patient doit être informé des modalités
et des risques de modifications de son traitement.

QUESTION
7
Faut-il prévenir et comment traiter les complications hémorragiques
per- et postopératoires induites par certains agents antiplaquettaires?
1 - Les AAP pouvant être à lorigine dune
complication hémorragique précoce per- et postopératoire
sont laspirine, les thiénopyridines, les inhibiteurs
des glycoprotéines IIb-IIIa plaquettaires et à un
moindre degré, les AINS. La mise en uvre dun
traitement prophylactique doit tenir compte de la durée des
effets biologiques quinduit lAAP.
2 - Il nest pas recommandé dutiliser un corticoïde
chez un patient sous AAP pour réduire ou de supprimer une
éventuelle majoration du saignement périopératoire
(grade E).
3 - Il nest pas recommandé de transfuser préventivement
des plaquettes chez un patient sous AAP pour réduire ou de
supprimer une éventuelle majoration du saignement en période
périopératoire, en ayant lassurance de la disponibilité
des plaquettes (grade C).
4 - Il est recommandé dutiliser les moyens non spécifiques
de diminution du saignement périopératoire (grade
E) :
choisir la voie dabord chirurgicale permettant le meilleur
contrôle de lhémostase ;
utiliser, si possible, une technique dhypotension contrôlée
;
assurer la normothermie ;
limiter lhémodilution, avec maintien dun
hématocrite permettant une économie transfusionnelle
compatible avec un transport doxygène optimal et une
viscosité sanguine assurant une hémostase biologique
normale (habituellement égal à 30 %) ;
dépister précocement un syndrome hémorragique
anormal nécessitant une hémostase chirurgicale complémentaire
;
restreindre aux strictes indications les traitements anticoagulants
postopératoires.
5 - En chirurgie cardiaque, chez des patients sous AAP, lutilisation
en prophylaxie, de lacide tranexamique ou de laprotinine,
diminue le saignement postopératoire et de façon identique
lexposition transfusionnelle (niveau de preuve I).
Un risque thrombotique très faible a été documenté
avec laprotinine. Laprotinine peut être responsable
de la survenue dune réaction allergique voire dun
choc anaphylactique (0,3 % en primo exposition, 2,5 à 3 %
après un premier contact). Lutilisation dacide
tranexamique ne comporte pas de risque allergique. Le rapport coût-efficacité
serait favorable à lacide tranexamique (grade A).
6 - Pour les autres types de chirurgie, labsence de données
ne permet pas de formuler de recommandations en prophylaxie.
7 - En chirurgie cardiaque, les traitements pharmacologiques ayant
fait la preuve de leur efficacité pour diminuer un saignement
postopératoire chez un patient sous AAP sont laprotinine
(niveau de preuve I) et, la desmopressine, uniquement chez
les patients présentant un syndrome hémorragique important
(niveau de preuve III). Lutilisation de la desmopressine
doit impérativement tenir compte du risque thrombotique quelle
induit.
8 Chez le patient traité par AAP, la transfusion de
plaquettes est efficace (grade E), pour diminuer ou arrêter
un saignement postopératoire bien quil nexiste
pas de preuve de niveaux de preuve I ou II.
9 - Posologies des molécules à visée hémostatique
La posologie de laprotinine est de 2 millions dunités
inhibitrices de la kallicréine (UIK) en 20 minutes par voie
intraveineuse, suivis dune perfusion continue de 500 000 UIK
pendant toute la durée lintervention, avec, en chirurgie
cardiaque, 2 millions dUIK dans la solution damorçage
du circuit de CEC. Une posologie réduite de moitié
est également efficace (grade A). Le risque allergique
doit être pris en compte.
La posologie de lacide tranexamique injecté
par voie intraveineuse avant lincision chirurgicale est de
: soit 10 mg·kg-1, suivi dune perfusion continue de 1
mg·kg-1 pendant 10 heures, soit 15 mg kg-1 dacide tranexamique,
avec renouvellement de linjection 4 à 6 heures plus
tard (grade A).
La posologie de la desmopressine est de 0,3 µg·kg-1
par voie intraveineuse, eventuellement renouvelée 4 heures
plus tard (grade C). Il est possible dutiliser la desmopressine
avec une posologie réduite de moitié (0,15 µg·kg-1),
chez les patients âgés ou présentant des troubles
cardiovasculaires et chez les enfants de moins de 2 ans. Le risque
thrombotique doit être pris en compte.
10 - Les plaquettes sont transfusées à la posologie
de 0,5 à 0,7x 1011 plaquettes (soit un concentré standard)
pour 7 kg de poids corporel chez ladulte

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