Les Thrombolytiques
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Utilisation des Thrombolytiques en pratique médicale courante

Introduction
Les agents thrombolytiques administrés dans le but de détruire un thrombus occlusif, désignent une classe de médicaments qui activent de manière directe ou indirecte le plasminogène en plasmine, le réel agent thrombolytique étant la plasmine. Ces traitements sont essentiellement prescrits dans le traitement de l’infarctus du myocarde et plus rarement dans le traitement de l’embolie pulmonaire grave ou d’une thrombose ilio-fémorale massive.


Quels sont les principaux agents thrombolytiques? (1) (tableau 1)

- Thrombolytiques de première génération: Streptokinase (Streptase® -Kabikinase®) et urokinase (Urokinase®). Ils sont incapables de localiser leur action au niveau du thrombus. La plasmine générée dans le sang protéolyse de nombreuses molécules comme les facteurs V et VIII, le fibrinogène ; on parle alors de fibrinogénolyse.
La streptokinase (SK) n’est pas, à l’état natif, un activateur du plasminogène mais le devient après avoir fixé une molécule de plasminogène. Cet agencement sous la contrainte d’une spécificité d’espèce, explique que la production de plasmine n’est pas proportionnelle à la quantité de SK injectée. Dix % des sujets ont, en circulation, des anticorps anti-streptococciques neutralisants l’activité de la SK ; leur titre est rarement supérieur à 250 000 U. Ceci conduit en particulier dans les schémas thérapeutiques longs, à pratiquer systématiquement un bolus de 250 000 U de SK avant de démarrer le traitement. Ce bolus n’a que peu d’intérêt si de fortes doses de SK sont administrées comme c’est le cas dans l’infarctus du myocarde. La SK induit l’apparition d’anticorps anti-SK. Leur titre s’élève rapidement dans la circulation, puis diminue et retourne aux valeurs initiales en 6 à 7mois. Toute nouvelle injection de SK dans les 7 mois suivant un premier traitement est contre-indiquée. Parmi les autres effets secondaires, ont été décrits des phénomènes d’hypotension avec bradycardie touchant 5 à 10 % des sujets et des réactions allergiques, moins fréquentes avec les préparations actuelles de plus haute pureté. La survenue d’un choc anaphylactique a été rapporté dans 0.1% des cas.
L’urokinase (UK) est une serine protéase naturelle isolée de culture de cellules embryonnaires humaines. C’est un activateur direct du plasminogène dont l’activité est dose dépendante.

- Thrombolytiques de deuxième génération: ils sont susceptibles de limiter la fibrinogénolyse et ont été développés dans l’espoir de diminuer le risque hémorragique.
L’activateur tissulaire du plasminogène, alteplase (Actilyse*) est une serine protéase naturelle produite par recombinaison (rt-PA). Il a la propriété de se fixer à la fibrine et son activité est potentialisée par la présence de fibrine. Aux doses thérapeutiques utilisées, son administration entraîne, malgré tout, une fibrinogénolyse plus modeste que celle induite par les thrombolytiques de première génération, en partie expliquée par sa fixation à certains produits de dégradation de la fibrine.

- Thrombolytiques de troisième génération: ce sont des produits d’élimination ralentie, d’action plus rapide et administrés en bolus. Ce mode d’administration serait associé à une fibrinogénolyse modérée. Le Retéplase ou rt-PA (Rapilysin®) fait partie de cette nouvelle classe de thrombolytiques. Il dérive du t-PA dont il ne conserve que les domaines kringle 2 et protéasique. Son affinité pour la fibrine est diminuée sans que son potentiel thrombolytique n’en soit affecté.



Quel thrombolytique dans l'infarctus du myocarde?

Bien que les thrombolytiques n’aient pas été tous comparés dans les mêmes études, l’évaluation de la reperfusion angiographique à 90 minutes montre que le retéplase en double bolus serait le plus efficace suivi du rt-PA en administration accélérée, du rt-PA en administration standard, de l’urokinase et de la streptokinase. Malgré cet effet, la nature de la molécule apparaît peu discriminante sur la mortalité (2,3,4). Seul l’essai GUSTO-I (5), montre une réduction significative de la mortalité à 30 jours sous rt-PA administré selon un protocole accéléré et simultanément à l’héparine (6,3%) par rapport à la SK (7.2-7.4 %) et à l’association SK et rt-PA (7%), cet effet est obtenu au prix d’une légère élévation du risque d’hémorragie intracérébrale (0.72 % sous rt-PA, 0.49-0.54 % sous SK et 0.94 % sous SK et rt-PA). Aucune différence nette en fonction des thrombolytiques n’apparaît en terme de fonction ventriculaire gauche ou de récidive d’infarctus.
Les principaux critères d’efficacité sont la précocité d’administration du thrombolytique, l’âge du sujet (mauvais pronostic après 75 ans), l’aspect électrocardiographique (la présence d’un sus-décalage de ST ou d’un bloc de branche sont plus favorables), l’absence de choc cardiogénique ou d’antécédent de pontage coronaire. Sexe, hypertension artérielle et diabète (cf. infra) ne semblent pas affecter l’efficacité du traitement en terme de mortalité .



Peut-on prévoir le risque hémorragique ?

Les traitements thrombolytiques sont responsables d’accidents hémorragiques liés au fait qu’ils induisent non seulement la lyse des thrombi occlusifs mais aussi celle des thrombi d’hémostase ; par ailleurs, la fibrinogénolyse induite réduit le potentiel hémostatique, génère des taux élevés de produits de dégradation de la fibrine qui ont une activité anticoagulante et est responsable d’une thrombopathie secondaire à l’altération des glycoprotéines de la membrane plaquettaire. De plus dans la plupart des essais concernant soit l’embolie pulmonaire, soit l’infarctus du myocarde, l’héparine non fractionnée est associée à l’agent thrombolytique contribuant à augmenter le risque hémorragique.
En pathologie coronaire, l’incidence des saignements sévères (mortels, nécessitant des transfusions, atteignant un territoire vital) est de 1,9 % dont 0,7 % (6) à 0,9%(7) d’hémorragie intracrânienne (HIC). L’incidence des saignements d’intensité modérée est voisine de 10%. En pathologie veineuse en utilisant «l’index de sévérité de saignement» (8), l’incidence des saignements majeurs induits par le rt-PA est de 25 % dont 1,5 % d’HIC. Ces chiffres soulignent l’importance d’une évaluation individuelle du risque hémorragique et du bénéfice attendu. Le déterminant le plus important du risque hémorragique non cérébral est lié aux procédures invasives (9). Lors du traitement de l’embolie pulmonaire, les saignements les plus fréquents sont localisés au point de ponction veineuse réalisée pour l’angiographie avec une fréquence significativement plus élevée quand celle ci est fémorale plutôt que brachiale (10). Le risque hémorragique augmente par ailleurs de façon continue à partir de 65 ans. Le sexe féminin, la race noire, l’hypertension artérielle constatée à l’admission, les antécédents d’accident vasculaire cérébral, le faible poids (< 70 Kg), la dose de t-PA (> 1,5 mg/Kg) et un surdosage en héparine constituent les autres facteurs augmentant le risque hémorragique (6).

Aucun agent thrombolytique n’a encore d’AMM dans le traitement des accidents vasculaires cérébraux (AVC) ischémiques en Europe mais la Food and Drug Administration a accordé cette autorisation pour le rt-PA aux USA. Le risque de transformation hémorragique est particulièrement élevé dans cette indication et impose une stricte adhérence aux critères de sélection des patients. Des facteurs de risque de transformation hémorragique grave ont déjà été identifiés parmi lesquels l’existence d’une hypertension artérielle (> à 18,5 pour la maxima et 11 pour la minima), le délai supérieur à 6 heures à partir du début des symptômes, la sévérité du déficit clinique neurologique initial, l’existence sur le scanner initial de modifications ischémiques majeures précoces, d’un œdème cérébral ou d’un effet de masse (11).
En pratique, il importe de respecter strictement les indications et les contre indications de la thrombolyse (tableau 2). Par ailleurs, le traitement ne doit jamais être entrepris à titre diagnostic ; la dose de thrombolytique doit être impérativement respectée : en particulier, ne pas dépasser une dose totale de 100 mg de rt-PA ou 1 mg/Kg pour les poids inférieurs à 60 Kg, adaptation rigoureuse des doses d’héparine ; pour chaque patient, il est conseillé d’évaluer le rapport bénéfice-risque du traitement : ainsi, le traitement n’est-il pas contre indiqué chez les personnes âgées, pour lesquelles l’augmentation du risque hémorragique est plus que contrebalancée par l’importance du bénéfice attendu.



A-t-on besoin d’une surveillance biologique ? Laquelle ?

Une telle surveillance pourrait avoir trois objectifs : évaluer l’efficacité du traitement, prévenir le saignement et les réocclusions. Aucun paramètre biologique d’hémostase utilisable en pratique quotidienne ne semble véritablement utile pour évaluer l’efficacité du traitement thrombolytique. Parmi les facteurs de l’hémostase susceptibles d’apporter une information quant au risque hémorragique, figurent le taux du fibrinogène et celui du facteur V (12). Aucune variable de laboratoire ne s’est révélée d’intérêt pour prédire le phénomène de réocclusion à l’échelon individuel. Il est cependant établi que la génération de thrombine est potentialisée par le traitement thrombolytique quel que soit l’agent utilisé. Le taux de thrombine générée est associé à une réocclusion précoce (13).
En pratique, les examens avant traitement sont essentiels pour connaître les valeurs de base du fibrinogène, du temps de Quick, du TCA, du taux d’hémoglobine, de l’hématocrite et du nombre des plaquettes. On n’attendra cependant pas leur résultat pour la mise en route du traitement. Sauf problème hémorragique, il n’est pas réalisé, à l’heure actuelle, de contrôle systématique de l’hémostase avant la douzième heure. A ce temps, en revanche, l’adaptation optimale du traitement héparinique est essentielle à la fois pour la prévention du saignement et pour celle des réocclusions coronaires (14). Dans les premières heures suivant l’administration d’un thrombolytique et a fortiori durant l’administration du produit, l’intensité de la fibrinogénolyse est difficile à apprécier en raison de la poursuite dans le tube à prélèvement de l’action de la plasmine, ce qui va artificiellement majorer l’intensité de la fibrinogénolyse. Un remède consiste à prélever sur un inhibiteur de la fibrinolyse, l’aprotinine (200 à 300 unités/ml de sang) en plus du citrate de sodium. Ce mode de prélèvement n’est cependant pas approprié pour la réalisation du TCA ou le dosage du plasminogène ou de l’alpha2 antiplasmine.
La mise en évidence d’une fibrinogénolyse atteste de l’efficacité biologique du produit injecté. Lors du traitement par SK on peut exceptionnellement être confronté à une résistance biologique et clinique au traitement. On s’orientera vers la recherche d’un titre élevé d’anticorps anti-streptococciques (test de résistance à la SK). Cet échec doit conduire à changer de produit.



Peut-on associer des antithrombotiques aux thrombolytiques ?

- Aspirine : elle a une efficacité démontrée en association avec la SK. Son administration (160 à 325 mg) conjointe au thrombolytique est devenue classique. L’aspirine diminue le risque de mortalité (15) de réocclusion et n’augmenterait pas le risque de saignement grave.

- Héparine non fractionnée. Son bénéfice en thrombolyse coronaire repose sur des preuves fragiles. Alors que son association avec le t-PA paraît indispensable, il n’en est pas de même pour la SK. Un lien significatif a été observé entre l’allongement du TCA douze heures après le début du traitement et la survenue d’hémorragie majeure (16,17,18). Il est donc important de l’administrer à des doses qui ne soient pas associées à une augmentation patente du risque hémorragique.
Les recommandations de la Société Française de Cardiologie (19) pour l’adaptation du traitement héparinique sont les suivantes :
- Traitement par rt-PA ou retéplase : bolus IV de 70 UI/Kg d’héparine non fractionnée (HNF) juste avant l’administration du thrombolytique puis perfusion continue pendant 48 heures de 15 UI/Kg/heure ; adaptation au TCA (1,5 à 2,5 x T), prélevé à 12 et 24 heures. La perfusion continue pourra être maintenue en cas de risque embolique élevé.
- Traitement par SK : l’HNF est administrée à la 4ème heure en commençant par une demi-dose (500 UI/heure) puis dose adaptée au TCA. Il est préconisé d’attendre que le TCA soit à moins de deux fois le témoin avant d’introduire l’héparine. Aucune donnée de la littérature ne privilégie la voie d’administration IV par rapport à la voie sous-cutanée. L’utilisation de doses préventives voire l’absence d’héparinothérapie ne seraient pas critiquables.
Dans l’embolie pulmonaire et la thrombose veineuse l’héparinothérapie est débutée après l’arrêt de la thrombolyse dès que le TCA est inférieur à 2 fois le témoin avec relais immédiat par les AVK. Enfin, dans l’AVC ischémique l’association à un autre antithrombotique pendant les 24 premières heures est déconseillée.

- HBPM: La daltéparine vient récemment d’être utilisée avec succès en association à la SK chez une centaine de patients. Ce résultat mérite d’être confirmé (20 ).

- Hirudine: L’hirudine est une antithrombine directe qui a l’avantage par rapport à l’héparine de s’opposer à la thrombine liée au caillot de fibrine. Trois études portant sur l’association de l’hirudine à la thrombolyse ont été arrêtées prématurément en raison d’un excès d’hémorragies intra-cérébrales dans le groupe hirudine. L’étude Gusto 2B (21) montre une réduction significative de la mortalité à 24 heures en association avec la streptokinase. Mais à 30 jours seule une tendance à la limite de la significativité a été observée. Dans l’étude TIMI 9B (22) l’hirudine s’est révélée équivalente à l’héparine non fractionnée. Un des problèmes majeurs posé par son utilisation concerne la difficulté à surveiller par le TCA le niveau d’anticoagulation induit.

- Abciximab: c'est un anticorps chimère, humanisé, dirigé contre la glycoprotéine plaquettaire IIbIIIa inhibant l’agrégation plaquettaire. L’essai TIMI14 (23) vient récemment de montrer que son association à une dose de 50mg de rt-PA et en présence de faible dose d’héparine (7U/kg/h) améliore la reperfusion coronaire angiographique à 60 et 90 min. sans augmenter le risque hémorragique, ce qui n’est pas le cas de son association à la SK. Ces résultats méritent d’être confirmés sur une plus large population et évalués en terme de mortalité.



Quelles sont les indications de la thrombolyse dans la maladie thrombo-embolique veineuse?

Dans l’EP la thrombolyse améliore la morbidité sans qu’il y ait d’effet prouvé sur la mortalité à court terme en raison probablement de la difficulté à inclure un grand nombre de patients et du fait de la faible mortalité objectivée sous traitement bien conduit par l’héparine relayée par les AVK. Ceci amène à réserver l’utilisation des thrombolytiques aux EP instables sur le plan hémodynamique. De la même manière la thrombolyse peut être utilisée en cas de thrombose ilio-fémorale massive. En pratique ces indications sont associées à une durée d’administration prolongée allant de 12 à 72h pour l’UK ou la SK. L’administration de rt-PA (100 mg) sur 2 heures s’est également révélée efficace.



Existe-t-il des indications de thrombolyse en pédiatrie ? (24,25)

Les problèmes posés par l’enfant diffèrent de l’adulte sur plusieurs points. Il existe un déficit relatif en plasminogène qui est la molécule relais du traitement thrombolytique. C’est la raison qui incite à préférer les activateurs physiologiques, agissant directement, à la streptokinase qui agit de façon indirecte. Un apport de plasminogène injectable est discuté dans certains pays. La surveillance biologique peut s’avérer difficile pour des problèmes de prélèvement. Le nouveau-né présente spontanément un risque d’hémorragie intracérébrale en rapport avec une immaturité vasculaire et hémostatique. Des cas d’hémorragies intra-cérébrales sévères ont été rapportés. Ceci ne semble pas être le cas du jeune enfant. En l’absence de donnée systématisée, les règles d’utilisation qui s’appliquent à l’adulte doivent donc être respectées. Chez le nouveau-né, les indications retenues sont la thrombose bilatérale des veines rénales avec insuffisance rénale, et la thrombose artérielle sur cathéter ombilical avec atteinte multiviscérale ou extension majeure et retentissement sur la diurèse.
Chez l’enfant, il n’existe pas d’indication systématisée dans la thrombose veineuse, chaque cas doit être discuté individuellement, le risque de complication par embolie pulmonaire massive ayant été rapporté. Par contre en cas de thrombose de l’artère fémorale sur cathéter, la thrombolyse a été trouvée efficace.
Enfin, un problème fréquemment rencontré est celui de l’obstruction de voie veineuse centrale. L’urokinase peut être utilisée soit sur une période de 2-4 heures (5 000 U/ml, 1.5-3 ml), soit sur une période plus longue (12-48 h) mais sous une forme moins concentrée (150 U/Kg.h).



Peut-on utiliser les thrombolytiques chez les patients hypertendus ? (26, 27)

L’hypertension artérielle (HTA), qu’elle soit connue et traitée antérieurement à la thrombolyse ou qu’elle soit notée lors de la présentation du patient est un facteur de pronostic péjoratif. Elle augmente significativement la mortalité à 30 jours, le risque de récidive ischémique et le risque de complications autres lors de la phase hospitalière. On ne sait pas encore si le contrôle de la tension lors de la thrombolyse permettrait une amélioration du pronostic.



Peut-on utiliser les thrombolytiques chez les patients diabétiques ? (28, 29)

Après thrombolyse, par SK ou par rt-PA, la mortalité à 30 jours, à un an, et la fréquence de survenue d’un AVC sont plus importantes chez les diabétiques que chez les non diabétiques. Ceci d’autant plus que le diabétique est insulinodépendant. Cette sévérité ne serait pas en rapport avec la taille de l’infarctus, mais peut-être plutôt avec une fibrose myocardique ou une dysfonction diastolique préexistantes. Les risques d’hémorragie intra-oculaire et d’hémorragie intracérébrale ne sont pas majorés. Les patients diabétiques sont donc en droit de bénéficier d’un traitement thrombolytique sans la restriction apportée initialement par crainte d’hémorragie sur rétinopathie.



Peut-on utiliser les thrombolytiques chez les patientes enceintes (30) ou en période d’activité menstruelle?


Excepté plusieurs cas d’utilisation rapportés lors de thrombose sur prothèse valvulaire cardiaque, aucune étude détaillée chez la femme enceinte n’est disponible. La sévérité du pronostic maternel en l’absence de désobstruction, et celle du pronostic fœtal en cas de traitement chirurgical (15 % de décès fœtal rapporté au cours de la circulation extra-corporelle) ont motivées ces options thérapeutiques. Sur 14 observations rapportées, des complications hémorragiques sont survenues dans 5 cas. Elles peuvent être catastrophiques, avec perte fœtale, nécessité de césarienne, voire d’hystérectomie d’hémostase ou bien se limiter à un saignement n’affectant pas le déroulement de la grossesse, régressif après institution d’un traitement vasomoteur simple. Trois cas d’administration bénéfique d’urokinase in situ lors d’embolie pulmonaire ou de thrombose ilio-fémorale grave ont été rapportés. Dans tous les cas il s’agit d’observations isolées, reflétant vraisemblablement mal l’ensemble du problème. Si l’utilisation d’un thrombolytique est malgré tout retenue, elle doit être certainement très encadrée, avec entre autre une surveillance biologique rapprochée pour limiter dès que possible le développement d’une fibrinolyse compensée préexistante.
La période menstruelle ne constitue pas une contre indication à l’administration de SK ou de rt-PA compte tenu du risque vital encouru (31).



Conduite à tenir en cas d’intervention chirurgicale

Elle dépend du type de thrombolytique, des traitements anticoagulants éventuellement associés, de l’horaire de l’intervention par rapport au traitement thrombolytique et de l’importance des altérations du bilan d’hémostase.
L’étude de l’hémostase en urgence doit comporter une numération formule sanguine, temps de Quick et TCA, le dosage des facteurs II, V et VII + X, et du fibrinogène. Si le patient est sous héparine, le temps de reptilase donnera une idée de l’effet sur la fibrino-formation des produits de dégradation de la fibrine. Ce bilan permettra de préciser le retentissement du traitement sur le taux du fibrinogène et du facteur V, sur l’existence éventuelle d’une déglobulisation et sur celle rare mais signalée d’une thrombopénie. Il faut rappeler ici que, tant qu’existe une activité fibrinolytique circulante, le prélèvement pour le dosage du fibrinogène doit être réalisé après addition d’aprotinine au tube de prélèvement (cf. supra). La nécessité de neutraliser l’activité fibrinolytique circulante doit ensuite être envisagée. On considère que celle ci aura complètement disparue après un temps égal à 7 fois la demi-vie d’élimination de l’agent thrombolytique (tableau 1). Si l’on ne peut surseoir de quelques heures à l’intervention chirurgicale, un traitement antifibrinolytique par l’Exacyl* (acide tranexamique), un analogue de la lysine dont la tolérance est excellente, peut débuter à la dose de 10 mg/Kg par voie IV lente (prudence cependant en cas d’insuffisance rénale). Ce traitement est contre indiqué en cas d’hématurie macroscopique. Le traitement substitutif à l’aide de plasma frais congelé sécurisé ou viro-inactivé et/ou de fibrinogène est ensuite entrepris pour ramener le taux du fibrinogène au-dessus de 1 g/l et celui du facteur V au-dessus de 40 %. La neutralisation de l’héparine sera réalisée si nécessaire à l’aide de chlorhydrate de protamine sur la base de 1 mg pour 100 U d’héparine standard. La même attitude thérapeutique sera envisagée en cas d’hémorragie mettant en jeu le pronostic vital.



Comment administrer les thrombolytiques en intra-cavitaire?

Lors d’épanchement intra-pleural infectieux ou hémorragique, l’instillation locale d’agents thrombolytiques diminue les adhérences et réduit la nécessité d’un recours à la thoracotomie (32). L’instillation est indiquée devant l’inefficacité d’un drainage bien positionné avec aux examens complémentaires des images de compartimentation. Le schéma d’administration n’est pas précisément établi mais correspond le plus souvent à l’injection d’un volume de 100 ml de sérum physiologique contenant 250 000 U de SK ou 100 000 U d’UK suivie d’un clampage de 3 à 12 heures. Le liquide de drainage est recueilli pendant les 12 à 24 heures suivantes sous une dépression de –15 à –20 cm H2O. L’opération est en moyenne répétée quotidiennement pendant 3 à 5 jours jusqu’à diminution du volume du liquide de drainage au-dessous de 50ml. Ce mode d’administration est exceptionnellement responsable d’une fibrinogénolyse systémique mais ne doit pas dispenser du respect des contre-indications à la thrombolyse.
En cas d’hémorragie cérébrale intra-ventriculaire, le blocage de la circulation du liquide céphalo-rachidien par des caillots flottants conduit à une hypertension intracrânienne et à une hydrocéphalie. Le drainage ventriculaire externe peut se compliquer également d’une obstruction du cathéter de dérivation implanté. L’utilisation de t-PA ou d’urokinase a été rapportée pour prévenir ces complications (33). Cependant son efficacité peut être grevée par un risque d’extension hémorragique. La dose utilisée est faible (2 à 31 mg de t-PA), et la demi-vie dans le LCR plus longue que dans le plasma (2-3 heures). Il s’agit là d’indications qui ne sont pas encore systématisées étant donné leur rareté.



Quels sont les nouveaux thrombolytiques? (34)

D’autres dérivés du t-PA sont en cours d’évaluation comme le t-PA TNK ou tenecteplaseet le lanoteplase. Le t-PA TNK dérive du t-PA. Par analogie avec l’interaction trypsine/inhibiteur une zone de quatre acides aminés (aa) a été substituée par des aa de charge inverse créant ainsi un t-PA insensible au PAI-l. Deux autres substitutions portant sur des sites de glycosylations ont été ajoutées à l’origine d’une clairance 5 fois plus lente que celle du t-PA natif. Le lanoteplase est également un t-PA modifié dépourvu de ses domaines finger et epidermal growth factor et porteur d’une substitution d’un acide aminé. Sa demi-vie est prolongée et sa fibrinospécificité diminuée. A côté des variants du t-PA, des molécules naturelles ont été identifiées, susceptibles d’amener quelques avantages par rapport aux produits actuels en particulier la staphylokinase (STA) sécrétée par certaines sources de Staphylocoques Aureus. Certaines de ses propriétés la rapprochent de la streptokinase alors que d’autres l’en éloignent. Elle forme avec le plasminogène un complexe équimoléculaire d’autant plus facilement qu’il est lié à la fibrine. Ce complexe n’active pas le plasminogène. C’est lorsque le plasminogène lié à la STA se transforme en plasmine à la surface de la fibrine que le complexe devient activateur du plasminogène. Le complexe STA/plasmine est inhibé par l’a2 antiplasmine. Le mécanisme d’action de cette molécule explique sa forte fibrino-spécificité. Administré à l’homme en bolus il n’est pas fibrinogénolytique.
La prourokinase (Pro-UK) est une proenzyme naturelle, précurseur de 1’urokinase, produite par recombinaison. Les bases de son développement ont été comme pour le rt-PA une relative sélectivité pour la fibrine. Elle ne se fixe pas directement à la fibrine mais est localement convertie en urokinase sous l’action de traces de plasmine.



Tableau 1: Les différents agents thrombolytiques disponibles en France

-
Streptokinase
(Streptase®,
Kabikinase®)
Urokinase
(Abbokinase®)
Alteplase
(Actilyse®)
Retéplase
(Rapilysin®)
Demi-vie (min.)
25
15
5
15
Fibrinogénolyse
++
++
+
+
Sélectivité pour la fibrine
-
-
++
+
Antigénicité
+
-
-
-
Elimination
Rein
Rein
foie
Rein
Coût
+
++
+++
++++



Tableau 2: Contre indications (35)

contre indications absolues
dissection aortique, péricardite aiguë, tout saignement actif, antécédents d’hémorragie cérébrale, de maladie vasculaire intracrânienne (anévrisme, malformation), de cancer cérébral ;
contre indications relatives
(i) tout foyer hémorragique potentiel ; - respecter un délai de 6 mois après un AVC ischémique, une hémorragie digestive ou génito-urinaire ; - respecter un délai de 2 à 4 semaines après une intervention chirurgicale, une biopsie d’organe, la ponction d’un vaisseau non compressible, un massage cardiaque externe, un traumatisme même mineur si cérébral ; - une hypertension artérielle sévère (maxima supérieure à 20, minima supérieure à 12) ;
(ii) l’existence d’une diathèse hémorragique, une insuffisance hépatique, un cancer
(iii) la grossesse



Références


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LES NOUVEAUX ANTITHROMBOTIQUES
L Drouet (coordonateur), Y Gruel, P Mismetti

Introduction :
Depuis longtemps les héparines et les antagonistes de la vitamine K sont les anticoagulants de référence mais il est aujourd’hui possible d’utiliser de nouveaux antithrombotiques dont certains pourraient offrir un rapport bénéfice/risque supérieur.
La voie stratégique la plus développée a permis de produire des antithrombotiques inhibant spécifiquement les sérine-protéases de la coagulation. Ainsi, des inhibiteurs directs de la thrombine ou du facteur Xa ont fait l’objet de multiples essais cliniques tant en cardiologie interventionnelle que pour la prévention de la maladie thromboembolique veineuse. Toutefois, seule l’hirudine, avec deux molécules recombinantes très voisines, la lépirudine (Refludan®) et la désirudine (Revasc®) est utilisable en France dans deux indications spécifiques : le traitement des thrombopénies et thromboses induites par l’héparine pour la lépirudine, et la prévention des thromboses en chirurgie orthopédique pour la désirudine.
D’autres inhibiteurs spécifiques de la thrombine pourraient être disponibles prochainement tels que l’argatroban, molécule de synthèse administrable par voie intraveineuse et le mélagatran, utilisable par voie orale.
Une recherche plus récente vise à développer aussi des inhibiteurs du complexe associant le facteur tissulaire et le VII activé qui déclenche la coagulation avec essentiellement deux molécules : le TFPI ou tissue factor pathway inhibitor et un facteur VIIa inactivé, ces deux protéines étant produites sous forme recombinante.
Une seconde approche pour le développement de nouveaux antithrombotiques permet la production de glycosaminoglycanes différents des héparines non fractionnées ou de bas poids moléculaire, tel que le danaparoïde sulfate (ou lomoparan), le dermatan sulfate et le pentasaccharide, ce dernier étant obtenu par synthèse chimique.
Enfin une troisième voie de recherche permet désormais la production sous forme recombinante d’inhibiteurs physiologiques de la coagulation tels que l’antithrombine ou la protéine C activée, mais le développement clinique de ces molécules pour le traitement des thromboses reste limité.

Les trois cibles privilégiées des nouveaux antithrombotiques sont donc la thrombine, le Xa et le complexe facteur tissulaire/VII activé. Les essais cliniques concernant les malades ayant un syndrome coronarien aigu nous ont appris qu’inhiber directement la thrombine peut être associé à un risque hémorragique, et qu’il est peut être préférable de chercher plutôt à réduire la génération de cette enzyme en neutralisant le X activé.
Le complexe facteur tissulaire/VII activé est une autre cible très séduisante d’autant plus qu’il semble exister en excès au niveau des lésions coronariennes athéromateuses. Toutefois, la marge entre bénéfice et risque pourrait être assez réduite avec les molécules inhibant cette voie, puisqu’on sait aujourd’hui le rôle essentiel joué par le facteur tissulaire pour l’arrêt du saignement et que de faibles quantités de VIIa suffisent pour déclencher la coagulation et une hémostase satisfaisante. L’inhibition du complexe FT/VIIa avec une prévention satisfaisante de la thrombose est-elle par conséquent compatible avec une sécurité suffisante et un risque hémorragique acceptable ? Les études futures répondront sans doute à cette question.



Un nouveau type d'anticoagulant a déjà des AMM: l’hirudine.
Quelles sont ses caractéristiques et indications?


Hirudine : Quel(s) mode(s) d’action ?
L'hirudine est un peptide naturel isolé de la salive de sangsue qui inhibe directement la thrombine avec une forte affinité et une grande spécificité. Deux molécules dérivées de l’hirudine naturelle sont obtenues aujourd’hui par recombinaison génétique et utilisées en thérapeutique: la désirudine et la lépirudine. La thrombine, par ses actions moléculaires et cellulaires, joue un rôle clef au niveau des voies moléculaires et cellulaires de la thrombose, et apparaît comme «une» si ce n’est «la» cible à inhiber en pathologie thrombotique et l'hirudine est une molécule idéale pour y parvenir.
Le choix initial de la dose à administrer a été gouverné par la notion que, même à l'état de traces, la thrombine exerçait plusieurs de ses effets, et notamment activait les plaquettes. Il convenait donc, pour obtenir l'efficacité attendue, d'inhiber toute trace de thrombine générée ou générable. Mais si la thrombine est un facteur clef pour la thrombose, elle l’est aussi pour l'hémostase physiologique. L'inhibition de toute trace de thrombine entraîne donc un risque hémorragique significatif, et la marge thérapeutique est donc très étroite.
Les fortes doses d’hirudine, initialement utilisées en pathologie coronarienne et inhibant efficacement la thrombine générée ont été associées à un taux d'accidents hémorragiques jugé inacceptable dans les essais GUSTO IIa et TIMI 9A (1,2) conduisant à diminuer ensuite les doses (GUSTO IIb et TIMI 9B) mais au dépens d’une diminution de l’efficacité. Cette efficacité réduite s'explique par la forte participation des plaquettes en pathologie coronaire et par le fait que l’effet agrégeant plaquettaire de la thrombine persiste si elle est présente à de faibles concentrations. En pathologie veineuse, des posologies plus faibles d’hirudine et donc potentiellement mieux tolérables ont été proposées avec une bonne efficacité et une excellente tolérance (3)
L’hypothèse a été portée plus avant en recherchant la dose minimale active dans la prévention de la maladie thrombo-embolique, dans le contexte le plus thrombogène connu : la prothèse totale de hanche.
Et finalement, une faible dose de désirudine (15mg, 2 fois par jour) permet une prévention excellente de la thrombose veineuse après chirurgie orthopédique, en faisant un peu mieux que les HBPM (4). Les propriétés de l’hirudine peuvent expliquer cette efficacité en particulier parce que la physiopathologie de la thrombose veineuse après une chirurgie orthopédique est particulière. La thrombose dans ce contexte fait suite à la croissance locale d'un thrombus développé sur une veine directement lésée par l'acte chirurgical et aggravé par la stase provoquée par l’intervention. La croissance locale de ce thrombus fait peu intervenir les systèmes cellulaires (en particulier les plaquettes) et ne peut être stoppée que si l'on neutralise l'activité thrombogène du caillot, celle-ci étant due aux facteurs de coagulation activés et en particulier à la thrombine liée à la fibrine du thrombus. Les anticoagulants tels que l’héparine qui agissent en formant un complexe avec l'antithrombine sont peu actifs pour inhiber la thrombine liée au réseau de fibrine car ils ne peuvent pas l’atteindre. A l’opposé l'hirudine, de petite taille, de forte affinité et d'activité directe sans cofacteur, inhibe efficacement la thrombine du caillot aboutissant à une "stérilisation" de son activité thrombogène sans nécessiter une forte activité anticoagulante circulante, potentiellement hémorragipare. Le thrombus ainsi "stérilisé" est alors efficacement dégradé par les systèmes fibrinolytiques pariétaux endogènes (5,6). L’hirudine présente donc des avantages par rapport aux héparines: molécule de synthèse et non pas d'extraction animale, sans liaison spécifique aux protéines et aux plaquettes (donc sans risque de thrombopénie induite), et pharmacocinétique simple. Mais l’hirudine a aussi des inconvénients potentiels: anticoagulant sans antagoniste, molécule immunogène et risque hémorragique majeur quand utilisée à forte dose.



Deux indications sont actuellement reconnues pour l'hirudine. Quelle est sa place dans ces indications ?

Hirudine et thrombopénies induites par l'héparine
La lépirudine (Refludan®) est, comme le danaparoïde sulfate un antithrombotique utilisable pour le traitement curatif des thrombopénies induites par l’héparine (TIH), en dépit d’une expérience clinique assez limitée avec un seul essai réalisé en Allemagne (7): dans cette étude multicentrique ayant inclus 82 patients, quatre schémas thérapeutiques différents ont été utilisés selon la situation (tableau I). L’efficacité de la lépirudine a été jugée d’une part sur l’évolution de la numération des plaquettes et d’autre part sur la fréquence de décès, d’amputation et de nouveaux accidents thrombotiques comparativement à un groupe historique contrôle très hétérogène comprenant 120 malades présentant une TIH et traités selon des modalités variables (danaparoïde sodium, antagonistes de la vitamine K, héparines de bas poids moléculaire, antiplaquettaires...). L’incidence cumulée de décès, amputations et nouveaux accidents thromboemboliques a été significativement plus faible sous hirudine (9,1% contre 32,8%) après 14 jours de suivi, mais avec un risque hémorragique plus important et des besoins transfusionnels majorés.
En pratique, la lépirudine ne peut être utilisée que dans le cas d’une TIH très probable, essentiellement afin d’éviter la récidive d’une thrombose ou pour limiter son extension, avec la nécessité d’une confirmation biologique du diagnostic. Après un bolus initial de 0,4 mg/kg, une perfusion intraveineuse de 0,15 mg/kg/heure est initiée en adaptant la posologie ensuite à la surveillance biologique (voir plus loin)
La demi-vie de la lépirudine est assez courte (80 minutes environ) ce qui permet aisément une chirurgie en urgence ou des examens invasifs. L’élimination du médicament est rénale et les doses seront réduites en cas d’insuffisance rénale avec un bolus à 0,2 mg/kg et une vitesse de perfusion adaptée en fonction de la clairance de la créatinine.
Près d’un malade sur deux peut développer des anticorps anti-hirudine non neutralisants mais qui diminuent l’élimination du médicament. Enfin, aux posologies préconisées, le temps de Quick est allongé et le relais par un antivitamine K est de surveillance biologique difficile.



Pourquoi et comment utiliser l’hirudine en prophylaxie de la maladie veineuse thromboembolique postopératoire ?

Parmi les hirudines recombinantes, la désirudine (Revasc®) est la seule à avoir l’indication pour la prophylaxie de la maladie veineuse thromboembolique postopératoire après PTH et PTG.
La désirudine administrée par voie sous-cutanée a une biodisponibilité de 100 % avec une pharmacocinétique linéaire, une demi-vie d’élimination de 2 à 3 heures et une élimination principalement rénale. Deux injections sous-cutanées par jour sont nécessaires avec un risque d’accumulation en cas d’insuffisance rénale

Estimation du rapport bénéfice risque (4, 8)
Le développement de la désirudine dans cette indication prophylactique de la maladie veineuse thromboembolique est exemplaire et repose principalement sur 4 études cliniques incluant plus de 3500 patients. Les patients de ces 4 études devaient avoir une mise en place programmée d’une prothèse totale de hanche. Tous étaient traités pendant 8 à 10 jours avec une injection préopératoire et avaient une phlébographie bilatérale des membres inférieurs entre le 8ème et le 11ème jour postopératoire.

Sur ce critère phlébographique, la désirudine à la dose de 15 mg x 2 par jour s’avère plus efficace que l’HNF ou l'enoxaparine (tableau II) :
Ce bénéfice en terme d’efficacité ne s’accompagne pas d’un excès de complications hémorragiques sévères ni d’une augmentation des pertes sanguines péri ou postopératoires ou des besoins transfusionnels. Enfin il n’existe pas de thrombopénie induite.

Règle d’utilisation
La désirudine s’utilise dans la prévention des TVP après chirurgie orthopédique (PTH ou PTG) à la dose de 15 mg x 2 / jour, en injections sous-cutanées. La durée de traitement recommandée est de 9 à 12 jours. Il s’agit d’un traitement réservé à l’usage hospitalier.
La première injection doit être faite 5 à 15 minutes avant l’incision qu’il s’agisse d’une anesthésie loco-régionale ou d’une anesthésie générale. La deuxième injection doit être faite 12 heures après l’intervention et enfin toutes les 12 heures pendant 9 à 12 jours.

Pour ces doses faibles, la surveillance de l’hémostase n’est pas recommandée de façon systématique. En effet au pic d’activité, 2 à 3 heures après l’injection de désirudine, le TCA ne dépasse pas en moyenne 1,5 fois la valeur de base. Toutefois une surveillance est recommandée en cas d’insuffisance rénale modérée (clairance de la créatinine < à 30 ml / min.) ou en cas d’insuffisance hépatique légère ou modérée. Les limites de la surveillance par TCA sont évoquées plus loin. Par contre, la surveillance des plaquettes n'est pas nécessaire.

Intérêt de la désirudine
Au total la désirudine s’avère plus efficace que l’HNF ou une HBPM dans la prévention des TVP détectées de façon systématique après chirurgie orthopédique (PTH ou PTG) et ce sans surcroît de risque hémorragique ni thrombopénie induite.
Toutefois la désirudine est un traitement dont le rapport coût/efficacité par rapport aux HBPM n’a pas encore été évalué. Comme il s’agit d’un traitement relativement cher, Il n’est pas logique aujourd’hui de le proposer à tous les patients et il faut encore réserver cette prescription à des patients à haut risque de TVP associant plusieurs facteurs de risque et notamment des antécédents de thrombopénie induite par héparine. Malheureusement, cette population ciblée n’est toujours pas clairement définie.



Hirudines: quelle surveillance biologique?

La désirudine est utilisée à faible dose (15mg deux fois par jour par voie sous cutanée) pour la prévention des thromboses veineuses postopératoires en chirurgie. L'utilisation de faibles doses d’hirudine n’entraîne pas d’effet anticoagulant systémique important, et ne nécessite pas de surveillance biologique obligatoire sauf si besoin (risque hémorragique particulier ou d’accumulation en particulier si insuffisance rénale). Dans ce cas, le traitement par désirudine peut simplement être surveillé avec le TCA qui est modérément allongé pour ces faibles posologies (1.5 à 2 fois le témoin) avec des concentrations plasmatiques attendues de désirudine entre 0.1 à 0.5µg/mL Un TCA égal à 2 fois le témoin constitue donc une limite supérieure facile à déterminer qui ne doit pas être dépassée dans cette indication.

La lépirudine est utilisée à forte dose en bolus intraveineux de 0.4mg/kg suivi d’une perfusion de 0.15mg/kg/heure) dans le traitement des thromboses survenant dans un contexte de thrombocytopénie induite par l’héparine (TIH). Dans ces conditions, une surveillance biologique est nécessaire. Elle doit être mise précocement en œuvre.
Cette surveillance ne peut plus être faite par le TCA dont la sensibilité est médiocre pour des concentrations plasmatiques d’hirudine de l’ordre de 1µg/mL (facilement atteintes avec la lépirudine aux doses préconisées lors d’une TIH). Lorsque le rapport TCA malade/TCA témoin dépasse 2,5 sous lépirudine (80-90 secondes), une augmentation importante de l’hirudine plasmatique n’allonge que modérément le TCA avec un risque hémorragique majoré et il faut donc utiliser un autre test. Celui qui apporte la meilleure sensibilité dans ces zones de forte concentration d’hirudine est le temps de coagulation à l'écarine (ECT: ecarin clotting time) (10) qui n’est pas un test utilisé par tous les laboratoires d’hématologie.
L’hirudine à fortes doses allonge tous les tests globaux de coagulation et en particulier le temps de Quick ce qui rend difficile la surveillance d’un traitement anticoagulant oral en relais du traitement curatif par la lépirudine La surveillance de ces malades doit donc être réservée à des équipes médico-biologiques ayant l’expérience de ce type de problème.



Le Danaparoïde sodique (Orgaran ®) a aussi une AMM dans les thrombopénies induites par l’héparine : quelles sont ses spécificités, particularités, avantages et inconvénients ?

Pharmacologie
Le danaparoïde sodique est un mélange de glycosaminoglycanes extraits de la muqueuse intestinale de porc d’un poids moléculaire moyen d’environ 6000 daltons, composé essentiellement de sulfate d’héparane (85 %) et dépourvu de tout fragment héparinique.
Ce mélange présente une haute affinité pour l’antithrombine III et une activité anti-facteur Xa prépondérante avec un ratio activité anti-facteur Xa sur activité anti-facteur IIa voisin de 20, nettement plus élevé que celui des héparines de bas poids moléculaire.
La pharmacocinétique du danaparoïde est linéaire avec la dose. Après administration sous-cutanée, la biodisponibilité est voisine de 100 % et le pic d’activité anti-facteur Xa est obtenu 4 à 5 heures après l’injection.
L’élimination est principalement rénale avec une demi-vie d’élimination de l’activité anti-Xa d’environ 25 heures et de 7 heures pour l’effet inhibiteur de la génération de thrombine. Le danaparoïde est donc à utiliser avec précaution en cas d’insuffisance rénale (10)
Malgré cette demi-vie d’élimination prolongée, 2 a 3 injections SC par jour semblent nécessaire pour obtenir une efficacité clinique optimale.

Indications
Les indications reconnues du danaparoïde sont les suivantes :

  • prophylaxie de la maladie veineuse thromboembolique en chirurgie orthopédique et oncologique (11,12)
  • prophylaxie des manifestations thromboemboliques (13)
    • en cas de TIH de type II aiguë sans complication thromboembolique
    • en cas d’antécédents documentés de TIH de type II et nécessité d’un traitement prophylactique antithrombotique parentérale
  • traitement curatif des manifestations thromboemboliques (13)
    • en cas de TIH de type II aiguë
    • en cas d’antécédent documenté de TIH de type II et nécessité d’un traitement antithrombotique parentérale

Schémas posologiques et règles d’utilisation
pour chacune des indications ci-dessus, il existe un schéma posologique adapté (tableau III)


D’autres situations particulières comme la chirurgie cardio-vasculaire, certaines procédures interventionnelles ou l’hémodialyse peuvent être prise en charge avec le danaparoïde selon des protocoles posologiques plus spécifiques fournis dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP).



Danaparoïde: quelle surveillance?

La surveillance de l’activité anti-Xa en cas de situation prophylactique, n’est pas nécessaire en dehors du patient insuffisant rénal ou pesant plus de 90 kg. Toutefois dans cette indication, l’activité anti-Xa si elle est mesurée, ne doit pas dépasser 0,4 unité/ml entre 2 injections (soit 6 h après l’injection SC).
En cas de traitement curatif par le danaparoïde, la mesure de l’activité anti-Xa n’est pas systématique mais doit être envisagé en cas de cachexie, de surpoids, d’insuffisance rénale ou de risque hémorragique. En cas d’administration IV, l’activité doit être comprise entre 0,5 et 0,8 U anti-Xa/ml. En cas d’administration SC, l’activité mesurée au 3ème jour entre 2 injections doit être comprise entre 0,4 à 0,8 U anti-Xa/ml. Dans tous les cas, il est essentiel pour le laboratoire d’utiliser une gamme d’étalonnage spécifique du danaparoïde et différente de celles utilisées pour mesurer l’héparinémie lors d’un traitement par une HBPM.
La surveillance des plaquettes est impérative.



Comment faire un relais danaparoïde-AVK au cours d'une thrombopénie induite par l'héparine?


Le relais par un AVK ne doit être instauré que lorsque le risque thromboembolique est contrôlé par le danaparoïde soit préférentiellement 5 à 7 jours après le début du traitement et quand les plaquettes sont au dessus de 100 x 109/l. Ce relais doit être poursuivi pendant au moins 72 heures et interrompu lorsque 2 INR consécutifs sont à la valeur cible attendue. La détermination de l’INR au cours du relais doit être effectué avant l’injection du danaparoïde.
Au moment du relais, certains ajustements posologiques du danaparoïde doivent être effectués :
- en cas de traitement prophylactique à la dose de 1250 unités anti-Xa en 2 ou 3 injections par jour, la dose doit être ramenée à 750 unités en 2 injections SC par jour
- en cas de traitement curatif, un transfert de la voie IV vers la voie SC sera d’abord effectué si besoin. Les doses sous cutanée seront réduite avec :

  • 750 U anti-Xa x 2 SC /j si < 55 kg
  • 1000 U anti-Xa x 2 SC /j si 55-90 kg
  • 1250 U anti-Xa x 2 SC /j si > 90 kg



Quels sont les « vrais » nouveaux antithrombotiques en développement et que peut-on en attendre ?


Pentasaccharide et produits à activité anti-Xa

Le pentasaccharide est parmi l’ensemble des produits à activité anti-Xa, la molécule la plus avancée dans son développement. C'est est une molécule obtenue par synthèse chimique qui représente le site de liaison de l'héparine à l'antithrombine. Il a une activité anti-Xa pure sans activité anti-IIa. Il ne potentialise pas l’agrégation plaquettaire induite par l’ADP ou le collagène (14). Enfin le pentasaccharide ne semble pas présenter de réactivité croisée avec les héparines en cas de thrombopénie induite par héparine (6).
Le pentasaccharide est administrable par voie parentérale uniquement. Il s’agit d’une molécule à élimination rénale avec une demi-vie d’élimination après administration sous-cutanée comprise entre 13 et 20 heures selon les sujets étudiés (volontaire sain jeune ou âgé) permettant une seule administration par jour (15).
Cette molécule présenterait donc l’intérêt d’une seule administration quotidienne sous-cutanée, une activité anti-Xa sélective parfaitement prédictible et donc sans ajustement posologique a priori et surtout l’absence de risque de thrombopénie induite par héparine.
Le pentasaccharide est actuellement développé dans le traitement prophylactique et curatif de la maladie veineuse thromboembolique et dans certaines indications en cardiologie, angioplastie notamment.


Les antithrombines directs synthétiques (argatroban, melagatran)

De nombreuses molécules à activité antithrombine directe, n’agissant pas par le biais de l’antithrombine, ont été synthétisées. L'objectif principal est la recherche d'une efficacité supérieure au traitement antithrombotique de référence actuel, mais la composition chimique de ces molécules en fait des molécules potentiellement absorbables par voie orale.

- argatroban: jusqu’à ces dernières années, l’argatroban était la plus avancée de ces antithrombines directes en terme de développement, avec même des indications thérapeutiques reconnues au Japon. Toutefois l’argatroban était jusque là administré par voie intra-veineuse or des problèmes d’ordre galénique font que la voie sous-cutanée est difficilement utilisable. De plus, l’impossibilité d’administrer ce produit par voie orale et le développement d’autres molécules concurrentes a fait abandonner au moins pour l’instant celui de l’argatroban.

- melagatran: parmi les nombreuses molécules à activité antithrombine directe et absorbables par voie orale, le melagatran est maintenant la molécule la plus avancée en terme de développement clinique avec déjà des essais chez le malade, notamment en prévention ou traitement curatif de la maladie thromboembolique veineuse.
Le melagatran est un inhibiteur direct et sélectif de la thrombine. Il inhibe également l’agrégation plaquettaire induite par la thrombine. Il entraîne un allongement concentration-dépendant du temps de céphaline avec activateur et du temps de thrombine sans modification du temps de saignement [1].

Les résultats des essais cliniques en cours permettront de savoir si le remplaçant des anticoagulants oraux est enfin arrivé.


Les Inhibiteurs de l’étape initiale de la coagulation

La coagulation plasmatique est in vivo essentiellement initiée par le facteur tissulaire exposé lors d’une brèche vasculaire et ce processus pourrait être essentiel au développement de thromboses en regard de plaques athéromateuses. Deux approches sont en développement pour inhiber le facteur tissulaire : une utiliserait le TFPI recombinant (tissue factor pathway inhibitor) et l’autre repose sur l’utilisation d’un facteur VIIa inactivé.

- Le TFPI n’a été étudié in vivo que sur modèles animaux et son efficacité pourrait résulter non seulement d’une inhibition du complexe facteur tissulaire/VIIa mais aussi d’une neutralisation du Xa. In vitro, il diminue très significativement la thrombogénicité des plaques athéromateuses (18).

- Le facteur VIIa inactivé (VIIai) est une protéine recombinante dont le site catalytique est irréversiblement neutralisé par un tripeptide synthétique. Ce VIIai en se fixant au facteur tissulaire inhibe la coagulation et chez le volontaire sain après injection de 10 à 400 µg/kg, allonge le temps de Quick de façon dose-dépendante sans modification du TCA et du temps de saignement. Par ailleurs un mois après l’injection aucun anticorps anti-VIIai n’est détectable (19).
L’efficacité antithrombotique du VIIai a été récemment démontré dans un modèle animal de thrombose artérielle carotidienne (20), mais le développement clinique de cette molécule reste à faire.

Le dermatan sulfate

Le dermatan sulfate (DS) appartient comme l’héparine à la famille des glycosaminoglycanes. Il est également extrait de la muqueuse intestinale de porc (21). Son poids moléculaire est plus élevé, compris entre 15 000 et 40 000 daltons. Le DS catalyse l’inactivation de la thrombine par le second cofacteur de l’héparine (heparin cofactor II ou HCII). Contrairement à l’héparine qui exerce un effet anti-IIa et anti-Xa via l’antithrombine, l’action inhibitrice du DS est limitée à la thrombine.
Après injection intraveineuse, la demi-vie du DS est d’un peu moins de 1h et indépendante de la dose administrée. Après injection sous-cutanée ou intramusculaire, le DS est résorbé complètement mais lentement, si bien que sa biodisponibilité apparente n’est que de 20 à 30% (22). Par contre après l’arrêt du traitement, plusieurs jours sont nécessaires pour que le médicament soit totalement éliminé. Afin d’améliorer ces propriétés pharmacocinétiques, des dérivés de bas poids moléculaire ont été préparés, ce qui augmente la biodisponibilité immédiate après injection SC.
Chez l’animal, le DS est un agent antithrombotique efficace dans plusieurs modèles de prévention et de traitement de thrombose veineuse expérimentale. Il est remarquablement dénué de risque hémorragique. Plusieurs observations expérimentales suggèrent que le DS serait un meilleur inhibiteur de la thrombine liée à une surface qui ne l’est l’héparine (21).
Chez l’homme, l’efficacité du DS dans le domaine de la prévention des thromboses veineuses post-opératoires a été évaluée dans plusieurs essais cliniques. Les trois premiers essais réalisés en 1992 et 1994 (23-25) suggéraient que le DS était un médicament antithrombotique plus efficace qu’un placebo et probablement aussi efficace que l’héparine standard. Un essai clinique récent (26) a comparé l’activité antithrombotique du DS (300 mg IM une fois par jour) à celle de l’héparine standard (5 000 U, SC, 3 fois par jour) en prévention des thromboses veineuses postopératoires après chirurgie pour cancer. Cet essai réalisé chez 842 malades démontre une activité du DS supérieure à celle de l’héparine (réduction relative du risque de thrombose veineuse 32,7%), sans augmentation du risque hémorragique. Sur la base de cet essai clinique, le DS vient d’obtenir une AMM dans cette indication en Italie.
Le DS devra se comparer aux HBPM afin de savoir s’il est aussi efficace, s’il est moins hémorragipare, s’il entraîne une fréquence moindre de thrombopénie immuno-allergique.



Tableau I : Modalités d’utilisation de la lépirudine dans l’essai réalisé dans les TIH (7)

Indication
Modalités
Thérapeutiques
n
Thromboses artérielles ou veineuses sans thrombolyse
Bolus initial 0,4 mg/kg
puis perfusion IV continue
0,15 mg/kg/heure
2 à 10 jours
51
Thromboses artérielles ou veineuse avec thrombolyse
Bolus initial 0,2 mg/kg
puis perfusion IV continue
0,2 mg/kg/heure
2 à 10 jours
5
Prévention de nouvelle thromboses
Perfusion IV continue
0,1 mg/kg/heure
2 à 10 jours
18
CEC
« Amorçage » de la pompe 0,2 mg/kg
Bolus initial 0,25 mg/kg
puis bolus de 5 mg si ACT < 350sec et ECT < 250 sec
8

ACT = activated clotting time. ECT = ecarin clotting time



Tableau II: efficacité comparée de désirudine et héparine non fractionnée (ref. 8) ou HBPM (ref.4)

Etude
% TVP totales
(distales + proximales)
% TVP proximales
désirudine
versus
HNF
7,0 %
23,0 %
p < 0,0001
3,0 %
16,0 %
p < 0,0001
désirudine
versus
enoxaparine
18,4 %
25,5 %
p < 0,001
4,5 %
7,5 %
p < 0,01



Tableau III: schémas posologiques proposés pour le danaparoïde

Indications
Posologies
Prophylaxie MVTE sans TIH :
Chirurgie orthopédique et oncologique
750 unités antiXa x 2 sc / j
Prophylaxie en cas de TIH :
TIH aiguë sans thrombose
750 unités antiXa x 3 sc / j si < 90 kg
1250 unités antiXa x 3 sc / j si < 90 kg
Antécédent de TIH
750 unités antiXa x 2 sc / j si < 90 kg
1250 unités antiXa x 2 sc / j si > 90 kg
Traitement curatif en cas de TIH :
- protocole IV
Bolus de : 1250 unités antiXa si < 55 kg 2500 unités antiXa si 55-90 kg 3750 unités antiXa
TIH aiguë avec thrombose si > 90 kg
puis perfusion de
400 unités/h pendant 4 h
Antécédent de TIH et thrombose puis 300 unités/h pendant 4 h
puis 150 à 200 unités/h
- protocole SC
- 1500 unités antiXa x 2 sc /j si < 55 kg
2000 unités antiXa x 2 sc /j si 55-90 kg 1750 unités antiXa x 3 sc /j si > 90 kg



Références :


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Variables préanalytiques

Recommandations pour les Prélèvements destinés aux test d'hémostase : 2007
Le groupe de travail coordonné par Catherine Boinot et composé de B. Delahousse, C. Droulle, M.F. Hurtaud, B. Polack et A. Robert a mis à jour les données concernant les variables préanalytiques.
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